— Tu têtes encore ? Si tu ne pouvais laisser le chapeau que contre l’argent, c’est que c’est une mauvaise paye. Alors rien d’étonnant qu’elle te donne vingt-cinq cents de trop peu. Tu n’as qu’à dire qu’elle voulait te faire revenir parce qu’elle n’avait que des billets ou la somme moins vingt-cinq cents, et que tu as préféré accepter la somme incomplète, quitte à aller chercher le restant un autre jour. Tu comprends que la patronne n’ira pas à Kattenburg demander si c’est vrai, et samedi tu le rendras sur ta semaine.

— Mais je donne ma semaine à ma mère : c’est juste le loyer.

— Oh d’ici samedi, tu recevras des pourboires.

Et, sans plus, elle s’arrêta devant une charrette de vinaigrés et piqua dans les petits tonneaux. L’eau me vint aussi à la bouche et je piquai à mon tour. La saumure nous dégoulinait du menton. Je changeai un florin pour payer. Nous nous essuyâmes avec nos mains.

— Merci, tu sais… Je m’en vais vite, la prochaine fois c’est moi qui paye.

La patronne me crut et dit que j’avais bien fait d’accepter, que sans cela elle n’aurait jamais vu un sou.

— Tu n’as qu’à aller à Kattenburg un de ces jours pour les vingt-cinq cents.

Wouter, comme c’est mal que tu n’as pas voulu reconnaître Femke chez les Holsma, parce qu’elle est blanchisseuse. Alors, si moi je n’apprenais pas les modes et si mon père n’avait pas son fiacre à lui, ce qui fait que je suis fille de patron, tu ne voudrais pas me reconnaître si je te rencontrais. Maintenant nous causons ensemble sur le petit pont de bois, hors la porte des Cendres. Mais si, comme Mina, j’étais servante… Mina est laide, elle a un nez où il pleut dedans, et elle me frappe sur le dos. Puis elle ne sait rien faire de rien, ni mettre ses cheveux en papillottes, ni faire un chapeau de poupée. Et elle ne dit pas tout. Moi, en causant avec toi, je te dis tout ; sans cela tu ne me connaîtrais pas et tu pourrais croire que je t’ai trompé.

Ecoute… je n’apprends pas les modes… je fais les commissions, j’ôte les poussières chez les étudiants et je pèle les pommes et les poires… je mange les pelures… Puis, l’autre jour, le patron m’a appelée dans la cave au charbon… il m’a fait très mal… Il a encore essayé de m’y faire venir ; comme je ne voulais pas, il m’a tirée, mais je lui ai mordu les poings. J’ai encore pleuré et tremblé, mais il n’a pu me faire venir… Corry, elle, ne le mord pas, ni la première… Puis chez nous, Wouter, comme mon père boit toujours… nous ne pouvons payer le boutiquier, ni le propriétaire, et… nous n’avons pas toujours à manger… Pour le cheval et le fiacre qui viennent de mon oncle, mon père doit tant donner par mois qu’il gagne moins que lorsqu’il était cocher… J’ai dû porter ma robe de première communion au « Lombard »… Avant d’être ici, je devais aller chercher la soupe à la distribution ; maintenant Hein va la chercher, mais il en épanche la moitié… Tu vois, je ne suis pas une jeune demoiselle, comme toi un jeune monsieur… Non, je suis une fille comme Femke… et tu ne voudras pas me reconnaître quand tu me rencontreras… Na… Na… il fallait cependant que je te le dise… Maintenant tu sais qui je suis…

Mais, Wouter, je deviendrai modiste… je regarde comment fait la première. On m’a donné un chapeau qu’une dame avait laissé au magasin, en se coiffant du nouveau ; je l’ai arrangé pour moi. La seconde trouvait qu’il avait de l’allure… la première disait :