— Oh, elle ne l’a pas appris : elle ramasse ça en nous voyant faire : il ne manquerait plus qu’elle aille apprendre toute seule et en savoir autant que nous, qui avons payé des années d’apprentissage.
Elle m’éloigne d’elle maintenant… Mais j’ai mes yeux… tu vois, je serai modiste, et nous pourrions bien… en empruntant, ouvrir un magasin. Ton père vendait des souliers… des chaussures de Paris… c’est aussi avoir un magasin. Et cependant ta mère disait qu’il ne savait pas tenir une alêne en main… Na ! moi, je ne suis pas une demoiselle : il faudra donc que je connaisse le métier…
Wouter, quand vais-je te rencontrer ?… Pourvu que ce soit un dimanche, quand j’ai mes cheveux à l’anglaise et un tablier blanc, et que je ne sois pas avec cette traînée de repasseuse… elle, il ne faut pas la vouloir : elle fait des saletés avec les hommes, et elle m’a fait voler… Mais je l’ai rendu sur ma semaine. Alors j’ai encore dû mentir à mère : j’ai dit qu’on m’avait fait payer une belle tasse que j’avais cassée… Non, Wouter, plus jamais jamais, je ne ferai cela…
Toi, tu avais brocanté ta Bible pour louer des livres : Glorioso… J’ai demandé au cabinet de lecture, où je vais chercher des livres pour ma mère, Glorioso. Ils ne l’avaient pas : ils m’ont donné Gustave, le mauvais sujet… Ah que c’est drôle ! il faut lire ça : mère a ri comme une folle avec yes, yes… Je préfère cependant beaucoup les Mystères de Paris et les Mystères d’Amsterdam… Avant, j’étais Fleur de Marie, mais Rodolphe est prince, il ne voudrait pas de moi : j’aime mieux être Femke, et toi, Wouter… Oui, c’est mieux que Rodolphe, prince de Gérolstein : tu vois d’ici qu’il ne peut être ni mon père, ni mon amoureux… Comment ferais-je pour le tutoyer… et l’embrasser… ? Je voudrais que tu m’embrasses beaucoup, beaucoup, lorsque nous serons seuls… Quand Mina a un amoureux, elle l’embrasse devant tout le monde, je n’aime pas ça…
Et nous irons hors de la Porte des Cendres, et le moulin fera :
Warre, warre, wirre, wa.
Où est, warre, wirre, wa,
Wouter qui me sauvera.
Si c’était F… Keetje… et nous irons dans les prairies cueillir des fleurs de beurre. Je sais tresser des couronnes et faire des guirlandes, ma mère me l’a appris : elle en tressait dans son pays pour la Sainte Vierge ; moi, je les tresse pour nos enfants et pour moi-même. Klaasje est adorable avec une couronne de pâquerettes… Toi, tu serais très joli aussi avec une couronne… Je suis bête ?… Non, Wouter, Mina et ma mère disent cela quand je tresse des fleurs, mais elles ne voient pas combien c’est joli et combien cela sent bon… Oui, elles disent qu’il n’y a rien à faire avec moi ; que je suis une créature enfantine… Eh bien, si je t’aime tant, c’est parce que ta mère et ton frère Stoffel, et tes vilaines sœurs te disent tout le temps la même chose… et puisque, toi et moi, nous sommes de même, il faut nous marier…