— La commissionnaire, répéta la petite.
— Eh bien, je n’en veux pas. C’est par la modiste que le chapeau doit être fait. Allons, emporte-le et j’irai lui parler… Cinq florins, et bâclé par une gamine !…
Elle remit le chapeau dans la boîte et me poussa dehors.
Ah bien ! me voilà jolie ! Qu’est-ce que je vais dire ?… Mais puisqu’elles le trouvaient bien et étaient contentes… Du moment où c’est bien, que lui importe que ce soit moi ou la première ? Voilà, c’est parce que je suis la commissionnaire… Je croyais que les riches seuls avaient ces idées de croire que rien n’est bon, venant de nous. Mais cette femme qui vend du poisson, je supposais qu’elle savait mieux… C’est comme pour père : parce qu’il n’a qu’un fiacre et un cheval, les gens vont en face chez le grand loueur, et père n’arrive pas à avoir un seul client ; il doit tout gagner à la maraude… Cependant, quand il rentre le soir avec sa voiture, il donne à manger au cheval ; il lui noue la queue et tresse sa crinière ; alors il mange lui-même. Le matin, il étrille le cheval ; pendant que celui-ci mange, il lave la voiture, fait reluire les cuivres, remet les coussins ; puis il attelle ! Et le tout brille, et le cheval reluit, et sa crinière ondule, tandis qu’en face les voitures et les chevaux sont cochonnés ; père le dit, et il s’y connaît… Na ! notre voiture et le cheval ne sont pas tout neufs, mais, comme père les soigne, ça n’y paraît pas, et quand même les gens vont en face…
Pour moi maintenant, c’est la même chose : ce chapeau n’est plus bon, parce que c’est moi, le trottin, qui l’ai confectionné… Ah bien, si on m’attrape encore à dire la vérité… Qu’est-ce que je vais dire ?… La patronne assure que de moi l’on saura toujours la vérité. Peuh ! pas toujours… les vingt-cinq cents de Kattenburg… Na ! je les ai rendus… c’est ce torchon de repasseuse… Que vais-je faire ?… Pas dire la vérité, non pas la vérité…
A peine fus-je devant la seconde que je me mis à pleurer en avouant le tout.
— Ah, imbécile, me voilà dans une belle position. Et moi, que dirai-je à cette mégère ? Mon Dieu ! la voilà…
— Ah ! vous faites faire les chapeaux que je commande par la commissionnaire ! Mon argent ne vaut-il pas celui de Mme van Eegen ?
— Je ne vous comprends pas, mademoiselle. La commissionnaire fait des courses, et nous les chapeaux, nous qui avons appris pendant trois ans en payant. La première, avant de partir en voiture pour Haarlem, a monté le chapeau que vous avez commandé pour la jeune demoiselle. Kee, donne le chapeau.
— Mais la commissionnaire a prétendu que c’était elle qui l’avait fait.