Personne ne prend mon parti, personne ne m’aime, je veux m’en aller bien loin, bien loin… Mais si elle ose encore me frapper, je lui mordrai le cœur hors de la panse… Et mère qui laisse faire : elle en a peur… Père n’aime pas Mina, il dit que ses orteils sont un peu loin de ses talons.
— Tu sais, tu sais, criai-je de l’alcôve, tes orteils sont trop loin de tes talons.
Et je riais, et lui montrais la langue et les poings.
Elle me regardait ahurie, mâtée de cette crise de fureur. Ma mère lui parla doucement de mes maux de reins et de tête.
— Keetje, descends, dit-elle, le café est prêt. Voyons, tu ne t’es jamais fâchée ainsi, tu as mal sans doute…
Je me laissai glisser par la corde et m’arrêtai, attendant ce que Mina allait faire. Ma mère mit du sucre dans ma tasse seule.
— Voyons, vous êtes des sœurs, tâchez de vous comprendre.
Nous nous regardâmes ; mais non, nous ne nous supportions pas… Depuis, il y eut toujours une gêne entre nous, et elle n’osa plus mettre mon paletot.
Wouter, le Docteur Holsma te disait que nous n’avons d’autres devoirs que ceux que nous pouvons accomplir : notre devoir le plus proche, et que nous devons accepter ce que nous ne pouvons changer ; que cette forge, dans son voisinage, qui l’empêchait souvent de penser, il ne la déplaçait pas parce qu’il ne le pouvait pas. Ce qui ne se peut pas n’est pas mon devoir, disait-il.
Alors, Wouter, moi, ai-je tort de te chercher, de te vouloir, et de parler toujours avec toi comme si tu étais là, toi qui dois être m… Non, tu n’es pas mort, je te trouverai… Mais mon devoir le plus proche, celui que je peux et dois accomplir, quel est-il ?… où est il ?…