Klaasje a des engelures… La première en avait aussi, et elle a raconté que le docteur lui avait fait mettre ses pieds dans l’eau chaude et les laver avec du savon noir et lui avait recommandé de faire cela tous les jours, et que ses engelures s’étaient guéries… Alors mon devoir le plus proche, ne serait-ce pas de mettre les pieds de Klaasje dans l’eau chaude et de les savonner ?… Oui… Toi, te trouverai-je ?… et alors est-ce bien de te chercher, de t’attendre ?… Je vais mettre les pieds de Klaasje dans l’eau chaude jusqu’à ce qu’il soit guéri… mais… je continuerai à te chercher ou je mourrais de chagrin…

J’ai si souvent dit à Mina que c’est ignoble de nous flanquer à la porte quand elle veut manger quelque chose de bon… elle en rit et recommence chaque fois… dois-je continuer à me fâcher et à lui dire cela ?… Non, car je ne puis pas la changer… mais les pieds de Klaasje, et tout te raconter, cela je le dois, parce que je le peux.

Tu as sauté à l’eau après la petite Emma et tu as donné du tabac au vieux vétéran… Tu es le meilleur… Oui, Wouter, les pieds de Klaasje et toi, vous êtes mon devoir le plus proche…

C’était le Nouvel An. J’avais reçu de la patronne trois « dubbeltjes », de la première une vieille jupe dont je pouvais me faire une robe, et de la seconde une partie des bonbons qu’on lui avait donnés. Corry m’avait versé en secret un verre de cognac au sucre. J’en étais contente, mais cependant rien n’y faisait : depuis un temps, j’étais malheureuse comme les pierres, je cherchais à être seule pour pleurer désespérément. Aussi tout le monde était injuste envers moi… Puis Wouter était devenu de plus en plus un monsieur ; il connaissait de vraies princesses : certes, si je l’avais rencontré, il n’aurait pas fait attention à moi… A la maison, je suis comme si je n’étais pas des leurs et, excepté mère, ils m’aiment de moins en moins… Pour Mina, je suis un objet qu’on jette d’un coin dans un autre. Celle-là, je la comprends bien cependant : elle est paresseuse, souillon, sur son bec et brutale ; elle ne saura et ne fera jamais rien ; puis je n’aime pas des créatures aussi laides… Mère m’aime certes beaucoup… Je ne veux cependant pas lui raconter que je pleure tout le temps, et que j’ai ce poids dans le ventre, et que des frissons me parcourent… Et ces sensations… c’est comme quand les garçons m’embrassent, mais plus fort, et j’ai mal en même temps. Je ne veux pas demander à Corry, moins encore à Rika… Si je pouvais le raconter à quelqu’un… A Femke, je le dirais… A Wouter aussi, mes bras à son cou et en l’embrassant… Mais je n’ai personne, personne, je suis comme seule au monde…

Corry descend l’escalier de la cuisine. J’essuie mes yeux et continue à peler les pommes.

— Kee ! Kee ! tu devrais me faire un plaisir.

— Qu’est-ce ?

— J’ai demandé à la patronne de pouvoir aller souhaiter l’an à ma famille ; mais, comme il faut servir le thé au juif malade, elle dit que cela ne se peut pas, à moins que tu ne veuilles rester et lui servir son thé. Je préparerai le plateau, je mettrai le thé dans la théière, tu n’auras qu’à verser l’eau bouillante dessus.

— Oui, je veux bien, je reviendrai. Qui reste encore à la maison ?

— Personne, les patrons vont chez les parents ; elle y restera, et lui fera des visites. Ça va ?