— Je te ferai poser, une séance, si tu peux rester debout, pendant trois heures au moins, pour une draperie, sans prendre de repos.
— Certes je le puis : je le veux et le ferai.
— Alors déshabille-toi, nous commencerons tout de suite.
Le peintre épingla la draperie sur moi, en m’emmitouflant la tête dans un coin de l’étoffe, formant capuchon. Je pris la pose, debout, le bras gauche sur le dossier d’un fauteuil, le bras droit ramené devant la poitrine avec la main sur le poignet gauche, la tête fortement tournée au-dessus de l’épaule droite. Il prit sa palette, tourna quelques instants autour de moi, et se mit à peindre fiévreusement.
— Surtout ne bouge pas la tête, l’étoffe fait un pli superbe sur la nuque.
J’eus bientôt un torticolis, qui me causait des tiraillements dans toute la tête. Au bout d’une heure, il me dit :
— Mais tu poses admirablement, petite… Il n’y a que les femmes nerveuses pour avoir de l’énergie ; plusieurs modèles m’ont mis dans l’embarras avec cette étude, et j’en ai besoin pour mon grand tableau.
— Vous avez remarqué que je suis nerveuse ?
— C’est pas long à voir : tes yeux, malgré leur couleur claire, sont inquiets, et tes mains doivent se fermer comme des étaux, quand tu ne veux pas les ouvrir.
J’étais debout depuis deux heures et demie, et j’avais la sensation d’être enfoncée en terre, quand la servante vint dire quelque chose à l’oreille du peintre.