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Quand j’étais petite, j’avais une très jolie voix chantée, et, à quatorze ans, je chantais, pour endormir nos enfants, tous les chants de l’école d’abord, puis j’improvisais.

Un dragueur, qui était notre voisin d’impasse, m’écoutait, ravi, assis devant sa porte ; il imposait silence à toute la marmaille aussi longtemps que je m’égosillais ; après, il me disait, très ému :

— C’est beau, tu es un ange du ciel quand tu chantes…

Et il voulait m’embrasser, mais je me sauvais : même le dimanche, son odeur me repoussait.

En grandissant, la vie m’avait tellement secouée que je n’avais plus jamais chanté.

J’entendais au Conservatoire les chanteuses s’exercer en des modulations qui me charmaient tellement que je me rappelai ma voix. Mme R…, mon professeur de diction, avec qui je prenais toujours des leçons particulières, avait fait ses études de chant ; je lui parlai de ma voix chantée.

— Ah !… voyons cela.

Elle se mit au piano et me fit donner quelques notes, puis une gamme.

— Oh ! oh ! c’est une vraie voix de Falcon, et un timbre rare…