La voix de l’autre est très jolie, elle aura son premier prix et chantera Faust. Gounod est son dieu… Son Ave Maria, peuh… Je vois toujours, quand je l’entends chanter ou moudre sur un piano mécanique, un commis-voyageur, les cheveux au vent, clamant à pleine voix de poitrine, sous la fenêtre d’une grisette :

Oh, ma Lisehette… Oh, ma Lisehette.

Je t’aimerai, haihai haihaihai toutoujours…

Chaque fois que cette élève a chanté Mireille, elle a une extinction de voix… A toi mon âhâme je t’ââhââpartiens. Pouah !… comme si l’on gueulait ainsi quand on donne son âme !…

Et je voyais des dames en crinoline, les cheveux pommadés, un mouchoir à la main, qui se pâmaient… C’est étrange, je trouve cette musique libidineuse…

… Que serait-il arrivé ici, si jamais on avait connu une parcelle de mon passé ? On m’aurait chassée ignominieusement… Même Marthe, aurait-elle compris ? Il n’y a qu’André qui m’en aime davantage… André… Ah ! quelle percée de lumière dans ma vie… et cette délicieuse compréhension n’est pas son seul apanage : il est beau, ciselé, — évidemment les femmes le trouvent laid, — ses mains sont des merveilles, et, quand il rit, sa bouche s’ouvre si naïvement et si franchement, et, quand il a de l’humeur et rejette sa mèche en arrière d’un mouvement de tête, on dirait un cheval qui se cabre… C’est un être unique. J’ai eu du bonheur : si je n’avais pas rencontré André, mon cerveau ne se serait pas débrouillé, et j’aurais toujours ignoré ces merveilles.

Ne pas connaître Esther !

O, mon souverain roi,

Me voici donc tremblante et seule devant toi.

Ne pas connaître Le MisanthropeCélimène