Et ce n’est pas le temps,

Madame, comme on sait, d’être prude à vingt ans.

Et Dorine :

Et je vous verrais nu du haut jusque en bas

Que toute votre peau ne me tenterait pas.

Je frémis à la pensée de ce qu’eût été ma vie…

Puis, en musique… Mon goût peut déjà me guider. N’ai-je pas déniché toute seule les lieder de Beethoven et ceux de Haydn ? Est-il un lied plus émouvant qu’Ein kleines Haus de Haydn et Geliebt wird alles ausser mir de Beethoven ? Ne me suis-je pas, avec un doigt sur le piano, initiée à ces merveilles d’amour et de sensibilité ?…

Alors, mon lot n’est pas encore si mauvais. Je sens et savoure profondément toutes ces œuvres de beauté… Elles sont aussi de bonnes actions, car on n’a qu’à les évoquer pendant les jours tristes, et elles agissent comme un calmant… On ne peut quand même pas m’enlever tout ce que j’ai appris : je le possède pour toujours, et c’est déjà un grand trésor… Je vais vite raconter à André ce qui m’arrive et pleurer dans son gilet, comme il dit.

Et, courbaturée comme si j’avais été battue, je sortis de ma cachette de derrière l’orgue. Je mis mon chapeau et pris ma boîte à déjeuner, et, la gorge contractée, j’allais partir, quand une élève du chant passa.

— Oldéma pourquoi n’es-tu pas venue au chant ? Tu aurais certainement eu une leçon aujourd’hui, maintenant que tu sais triller… Tu sais, ton trille est clair et frais, ne rate donc pas la prochaine leçon.