Je lui souriais sans pouvoir répondre. Elle s’éloigna en vocalisant :
— Amour, a-a-a-amour, a-apprends-ends-moi l’a-a-a-art de fein-in-in-indre, apprends-moi l’a-a-a-art de-e-e-e-e fein-in-in-indre.
Et, moi, je quittai.
En cheminant, je ne pus que penser encore : « Je l’ai échappé belle. Sans André sur mon chemin, quelle nuit opaque aurait fini par s’étendre sur moi… Dire qu’il y eut un temps où la recherche d’une croûte de pain était ma seule préoccupation… C’était cependant aussi une jouissance intense de voir les petits manger et se chauffer… ! »
J’avais tant parlé à André d’Amsterdam qu’il voulut y aller.
Quand le train entra dans la ville, je fus prise d’un tremblement, et une pâleur me pinça la figure. Je n’avais pas compté sur l’impression qu’allait me faire cette ville où j’avais tant souffert.
André vit mon émotion et me serra les mains.
— Tu vas me montrer tout, cela te soulagera.
Nous descendîmes au Bible Hotel : mon père y avait conduit l’omnibus.
Et je revis mon père, au Haarlemmerdyck, juché, souriant, sur un omnibus, conduisant des comédiens à Haarlem : il m’avait effleurée de son fouet pour que je le visse, et m’avait crié gaîment, pendant que je trottinais à côté de la voiture :