Le temps s’était attiédi. Il fit bientôt nuit, le chemin me parut long dans l’obscurité, mais, de temps à autre, m’arrivaient des bouffées de parfums si délicieux, que je sortais la tête de dessous les sacs, et, ouvrant la bouche toute large, j’aspirais goulûment cet air qui me remplissait d’aise et de bien-être. Bientôt je me mis à chanter des psaumes et les lieder de l’école.

— Hé ! hé ! la petite cousine, tu te réveilles, tu n’es plus malade.

— Chante encore, sœurette, disait l’homme, chante encore…

Je m’égosillais, débordante d’allégresse.

Au village, la charrette prit des sentiers, traversa des petits ponts, alla à droite, à gauche, puis encore à gauche, et s’arrêta devant une petite maison. Mon cousin me fit sauter à terre et nous entrâmes.

La chambre où il m’introduisit était peinte en bleu Delft ; des nattes couvraient le plancher ; au milieu, une grande toile à voile jaune, à bord orange. Sur la table, contre la fenêtre, le souper était servi : des tartines au fromage d’Edam et du café. Une paysanne, à bonnet de tulle blanc aux ailes relevées, et à multiples jupons, chaussée de mules, nous reçut.

— Ah ! c’est la sœurette malade… Eh bien, elle peut être vue : on ne dirait pas qu’elle a les fièvres…

— Le parfum l’a galvanisée : elle a chanté, le long de la route, comme un rossignol.

— Allons, sœurette, mange et bois, et puis le dodo…

Je fus très agréablement surprise d’être traitée avec cette bonté.