— Et où vas-tu faire coucher la sœurette ? demanda l’homme.
— Elle dormira bien avec moi, répondit mon cousin, il ne faut pas vous déranger : je sais que vous n’avez pas de lit.
Le cousin et moi nous grimpâmes par l’échelle au grenier, où de la paille fraîche était étendue, et, après m’avoir fait ôter mes souliers et mes vêtements de dessus, il me couvrit bien de l’unique couverture. Alors il souffla la chandelle, enleva sa veste et ses chaussures, et se coucha.
Jamais je n’avais été aussi heureuse que depuis ce matin. Je voyais la lune et les étoiles par la lucarne du toit ; le parfum entrait par les fissures ; j’éprouvais une telle sensation de gratitude que j’aurais voulu faire une bonne action, et moi, qui ne priais jamais, je me mis à genoux et je récitai d’une voix fervente : « Notre Père qui êtes aux cieux » et « Je vous salue, Marie, pleine de grâces » ; puis, j’inhalai le parfum qui me fit presque divaguer.
Alors je réfléchis que Keesje et Klaasje étaient dans notre impasse, près de l’égout et à côté du tonneau qui servait de chaise percée… puis que j’aurais la fièvre demain et que je ne pourrais pas aller voir les fleurs… et je commençai à pleurer. Mon cousin se réveilla et me demanda :
— Qu’as-tu, sœurette ?
Je le lui dis.
— Oh ! sœurette, bégaya-t-il, tu les verras les fleurs : je te porterai, entourée de la couverture, le long des champs.
Il me prit dans ses bras, et nous nous endormîmes.
Quand je me réveillai le lendemain, mon cousin était parti. Il y avait de l’eau dans un petit bassin, un essuie-main et un peigne à côté ; je me lavai aussi soigneusement que je pus, et je descendis.