Soudain je m’arrêtai : un champ de tulipes rouge fauve se déployait devant moi à perte de vue, un deuxième de tulipes panachées rouge et jaune, là des blanches bordées de rouge groseille, et, à droite et à gauche, et devant et derrière, partout des champs de tulipes, de jacinthes et de narcisses…

Le paysan m’avait suivie, tout amusé de ma joie ; je me jetai dans ses bras en sanglotant.

— Je ne veux pas la fièvre, car alors je ne pourrais plus voir les fleurs.

— La, la, sœurette, tu n’auras pas la fièvre.

Il était déjà dix heures, et la fièvre ne montait pas.

Mon cousin et l’homme s’occupèrent de nettoyer les carrés de jacinthes : ils enlevèrent beaucoup de fleurettes des cônes, parce qu’elles s’étouffaient l’une l’autre, et les jetèrent en tas.

Ah ! que c’était donc beau ! tout un grand tas de fleurettes bleues, presque noires, puis un monceau de rouges, et d’autres tas mauves, et d’autres tas et encore d’autres…

Ma mère nous avait raconté que, dans son pays de Liège, on effeuillait des fleurs sur le chemin de la procession, pour faire honneur à la Vierge. « S’ils avaient quelques brouettes de ces fleurs détachées de leurs tiges, quel admirable chemin parfumé ils pourraient faire à la mère de Dieu »…

Je voulais aider mon cousin, mais la senteur était si pénétrante que j’en devins toute pâle.

— Laisse cela, sœurette, n’en prends que le bon.