Maintenant, je pouvais le voir de mes deux yeux. Son regard ombré me suppliait. Ils s’éloignèrent pour regarder des tableaux.

Je me sentais ridicule, vile, piteuse, et lui que devait-il penser en me revoyant ? Quelle haine et quel dégoût il devait ressentir pour moi qui l’avais rendu malade, qui étais là dans une attitude grotesque que je ne pouvais quitter !… Mes larmes coulèrent, sans que je pusse les cacher, et roulèrent de mes joues sur mon épaule en rebondissant sur la draperie.

« … Il doit cependant me savoir gré de faire semblant de rien… »

La mère vit mes larmes.

— Elle a peut-être entendu ce que tu as dit de sa peau…

— Crois-tu qu’elle sente cela ?

Ils étaient maintenant derrière moi : je les entendais, mais ne pouvais les voir. Ah ! si je voulais cependant lui abattre son bonheur, et lui hurler que ma peau ne l’avait pas dégoûté, que dans les fourrés il s’était vautré sur moi, que je l’avais contaminé, et qu’elle en connaîtrait peut-être les suites… Mais je ne bronchai pas, les yeux obscurcis de pleurs.

Ils quittèrent l’atelier sans me regarder.

— Brave petite fille, disait le peintre, ils t’ont suppliciée, ces bourgeois, en parlant de ta peau… Si tu pouvais prendre des bains et te bichonner comme elles, ta peau de blonde serait du satin…

Il reprit sa palette et brossa pendant une demi-heure.