— Voilà, mon enfant, tes cent sous… Attends, je vais t’aider à mettre ta tête droite, et dégourdis un peu tes petites quilles… Tu as merveilleusement posé : veux-tu poser pour le portrait de cette petite bourgeoise ?… Ils ont beau te mépriser, ce seront cependant tes épaules, tes bras et tes mains, que son mari admirera jusqu’à la fin de sa vie dans le portrait de sa fiancée : si je lui collais sa charcuterie à elle, il en aurait honte…

Avec tous mes tracas, je n’avais pas eu le temps de m’occuper de mon malaise. Aussitôt que je le pus, j’allais à l’hôpital demander de quel mal j’étais atteint. Un interne me visita ; il déclara que je n’avais aucune maladie, que je n’étais qu’anémique et que ce jeune homme ne connaissait pas son affaire.

Je décidai cependant de ne plus me prostituer, dussions-nous tous mourir de faim. Le pire était mes parents : ils avaient pris une telle habitude de la chose qu’ils la trouvaient toute simple…

Un matin, j’annonçai que je ne sortirais plus. Mon père leva la tête.

— Et pourquoi pas ?

— Parce que je ne veux pas, ma vie durant, être une putain… Si vous saviez ce que les hommes, qui ramassent des femmes, exigent d’elles… Ils me donneraient beaucoup plus d’argent si je voulais m’y soumettre.

— Tu mens, canaille, hurla-t-il, tu inventes tout cela pour nous laisser crever de faim.

Et, marchant vers moi, qui me trouvais près de la fenêtre ouverte :

— Qu’est-ce qui m’empêche de te flanquer par la fenêtre ?

Je me dressai devant lui.