Le lendemain nous retournâmes à Bruxelles. Quand notre fiacre monta le long du Jardin Botanique, je me sentis si contente que je m’écriai :

— André, je ne voudrais plus vivre là-bas. Bruxelles est plus gai, et ces grosses trognes brabançonnes ont quelque chose de bon enfant, de plus généreux qui me donne confiance…

Le soir, nous allâmes nous promener autour de la Grand’Place, pour reprendre possession de la ville. Ah ! que j’étais heureuse…

André m’avait toujours parlé de sa mère comme d’une femme de haute culture et d’une grande charité. Un après-midi d’hiver, que nous nous étions attardés à la campagne, il voulut dîner avec moi au restaurant.

— Mais je dois rentrer à la maison pour prévenir ma mère et causer un instant avec elle : elle se plaint que je la laisse trop seule… Attends-moi dans l’aubette du tramway, il y fait chaud.

Au bout d’une demi-heure, André n’était pas revenu, et des hommes commençaient à tourner autour de moi. Je m’en allai et longeai lentement le trottoir de sa rue, quand je vis un homme, qui marchait devant moi, battre l’air de ses bras et tomber tout de son long dans la neige. Je courus vers lui et me penchai pour l’aider, mais je n’avais pas assez de force et j’étais seule dans la rue en pente raide. Deux domestiques sortirent d’une maison, je les appelai. Ils soulevèrent l’homme.

— Qu’allons-nous faire ? Il n’y a pas de pharmacie dans le voisinage.

— Sonnez à cette porte, dis-je, en désignant la maison d’André ; on vous aidera.

Ils sonnèrent. La femme de chambre ouvrit. L’homme revenait à lui.