— Qu’avez-vous ? demandai-je.
— Faim.
La femme de chambre courut à la salle à manger. Une grosse dame, rouge de figure et à cheveux gris, en sortit posément, alla vers l’escalier des sous-sols, et cria d’une voix perçante et tranquille, avec un fort accent wallon :
— Philomène, montez donc une assiette de soupe : un homme est tombé de faim dans la rue, et on le porte ici. En voilà une idée… grommela-t-elle.
Puis elle rentra aussi posément dans la chambre.
La servante accourut avec une assiette de soupe, elle était affolée :
— Pauv’ homme, va. Pauv’ homme !…
André vint. Il tâta le pouls de l’homme, lui donna quelque argent et demanda son adresse. L’homme s’en alla, le cou rentré dans les épaules. La porte se referma, et je me remis à arpenter la rue en attendant qu’André pût se libérer.
Je m’étais figuré sa mère, grande et mince, habillée de noir et de violet, parlant d’une voix grave, et l’accent aussi pur que son fils… « Ça, une dame de haute culture ! et charitable !… On n’a pas une voix aussi insipide quand on a une haute culture, ni un dos aussi antipathique quand on est charitable, et l’on marche plus vite, et l’on vient voir, et, si l’on a peur de s’enrhumer, on laisse au moins la porte de la chambre ouverte pour avoir des nouvelles… rien de tout cela… » Elle avait l’air peu soigné, et les talons de ses souliers étaient trop étroits pour une vieille dame. « Je ne pourrais pas l’aimer. Je suis bien contente de ne pas la connaître, car je ne pourrais cacher l’antipathie qu’elle m’inspire, et André qui ne la voit pas ainsi… ce serait le blesser et lui faire une grande peine. »
André me rejoignit.