— Il est évident, lui dis-je un jour, que tes parents me minent.

— Ils ne connaissent pas notre liaison, mais ils s’en doutent.

— Eh bien, dis-leur qu’ils peuvent être tranquilles, que je ne te ferai jamais faire des bêtises, même pas celle de m’épouser. Je suis bien trop heureuse, maintenant que tu penses ne rien me devoir et que tu te crois libre…

— Me crois libre… mais je le suis, libre…

— Oui, même de me torturer… Quand je suis gaie, je ne pense pas qu’il y a des gens qui souffrent ; si je suis triste, je suis un être mécontent et ingrat envers le sort ; tu oublies que le sort a été bien plus aimable pour toi… Pour ce qui est d’aimer, j’aime certes plus que toi, mais tu me gênes dans mes expansions, avec tes théories.

— Allons, tu as raison, je suis absurde… Je vais parler à ma mère.

Le soir même, il vint me dire que sa mère m’invitait à déjeuner pour le lendemain.

— Je lui ai dit que, puisqu’ils n’admettaient pas le mariage, j’avais contracté une union libre depuis quelques années ; que, si je ne lui en avais pas parlé, c’est que je connaissais leurs préventions contre la femme, mais qu’il n’y avait rien à faire, que tu étais ma compagne pour la vie, que je pensais qu’elle nous devait de ne pas te méconnaître. Elle m’a répondu que, puisqu’il n’y avait rien à faire, elle s’inclinait, mais qu’il valait mieux ne pas encore en parler à mon père.

— Mon Dieu, André, avec leurs préjugés… puis, si j’allais ne pas lui plaire… maintenant personne ne s’occupe de nous.

— Voilà, jamais contente… mon père a raison, vous êtes toutes impossibles.