Wimpie s’accrocha à moi.

Pendant trois jours, André et moi, nous fîmes tant et tant que Hein partit sans lui.

Je n’eus d’abord aucune nouvelle, mais bientôt je reçus une lettre de ma belle-sœur, disant qu’elle prendrait l’argent de son loyer pour venir chercher elle-même son enfant. Je lui envoyai cent francs, en la suppliant de me le laisser jusqu’après l’été : « Je lui ferai passer plusieurs mois à la mer : alors il aura pris des forces, et pourra mieux résister à l’existence qui l’attend ». Je n’eus point de réponse, mais elle ne vint pas.


Me voilà encore une fois dans des transes et des cauchemars… Cependant une vague espérance me fit prendre soin de l’éducation du petit, comme si son avenir en dépendait. Nous faisions de longues promenades, où j’attirais son attention sur tout ce que je croyais intéressant.

J’étais chaudement antimilitariste, et le petit, comme tous les enfants, était très attiré vers les soldats. Alors, en lui montrant les troupiers, je disais :

— Regarde, Wimpie, ce sont des hommes qu’on a tirés de leurs foyers pour les dresser à tuer leurs semblables.

Au bout d’un mois, il les eut en horreur.

Je n’avais pas l’amour de la patrie, je me disais que le prolétaire est exploité dans tous les pays. Mais, depuis, j’ai senti ce que la différence de race peut engendrer de heurts, qu’on ne peut être heureux que parmi les siens. Si j’avais donc aujourd’hui un enfant à élever, je lui dirais :

— Quand tu auras vingt ans, tu endosseras un costume semblable, et tu t’appliqueras à empêcher l’étranger de venir s’asseoir dans le fauteuil de ton grand-père et abâtardir ta race.