Au mois de juin, je partis avec lui pour l’île de Walcheren, où j’avais une petite maison de paysan au bord de la mer. Je lui avais confectionné des culottes avec blouse cousue à même, décolletée et sans manches, en coton bleu clair, et des tabliers de toile écrue. Le matin, quand je l’habillai de cette combinaison et d’un de ces tabliers, que je le chaussai rien que de souliers à semelle de caoutchouc, et le coiffai d’un chapeau blanc à large bord, il m’interrogea :
— Tante, on s’habille comme ça ici ? vais-je me promener ainsi à moitié nu ? toi, tu mets cependant des bas…
— Oh, mais ! je les ôterai à la plage. Tu verras, nous allons patauger dans la mer.
Je le chargeai d’une bêche et d’un seau, dans lequel je mis un essuie-mains. Je voulus qu’il vît la mer tout d’un coup dans toute sa grandeur. Pour cela nous grimpâmes par derrière une haute dune.
— Voilà ! fis-je, au sommet.
Il resta muet, respirant par saccades, puis :
— Ça ça ça, tante, c’est c’est c’est de l’eau… elle est bleue, elle est verte, et et encore autre chose.
— Mauve et violette, ajoutai-je. Maintenant descendons.
— Non, tante, non, on ne peut pas marcher là-dessus, elle viendra sur nous, elle avance.