— Petite cruche, il ne faut pas avoir si peur. Cette bête n’est pas méchante, mais elle se défend, tu comprends… Nous allons la faire bouillir et la manger pour notre souper.

— Mais, tante, c’est infâme, fit-il, en français.

— Que dis-tu ? tu répètes les paroles de ton oncle.

Ce petit bougre a tout le temps raison, pensais-je.

— Viens, je vais te tremper dans l’eau.

J’ôtai mes bas et ma jupe ; je le mis nu. Nous marchions à petits pas dans la mer. Il avait confiance maintenant, il riait aux éclats, quand l’écume nous sautait au visage. Il bégayait de joie et d’émotion, et sa peau était si fine, ses cheveux si blonds, son regard si radieusement bleu, qu’il faisait corps avec le sable doré, l’eau argentée et l’atmosphère embuée d’un poudroiement de nacre. Il incarnait en ce moment la joie de vivre.

… Le bonheur m’est interdit dans ce monde, j’ai devant moi les éléments de la joie et de la beauté les plus pures, et ils ne me sont que des éléments de torture. Je dois assister à cet épanouissement d’une âme adorable, et dans trois mois… et je ne peux rien, rien.

Lui ne comprenait pas pourquoi, tout d’un coup, ma figure se contractait.

— Mais, tante, on dirait que tu es fâchée, je n’ai pas été méchant.

— Mon chéri à moi, tu es tout amour, mais j’ai mal à mon cœur.