Enfin, les quatre mois passèrent pour lui dans un éblouissement. Il bâtissait, avec les autres enfants, des forts et faisait des pâtés dans le sable. Pendant les vacances, avec André, nous allâmes en excursion par toute l’île, dans une charrette de paysan. Le bonheur de Wimpie était de s’asseoir à côté du paysan qui lui passait les guides, en lui tenant les bras. Mais, quand nous emmenions une petite fille zélandaise, alors, il voulait être à côté d’elle : elle pouvait porter son jouet, et il demandait à chaque instant des bonbons pour qu’elle en eût aussi. Nous rentrions toujours, tous enivrés d’air et de lumière. Quelquefois l’excès de grand air l’endormait, et ce m’était une douceur douloureuse de le bercer dans mes bras.


Cependant il fallait bien rentrer à Bruxelles, où je trouvai déjà une lettre : ils arriveraient cette fois à deux pour le prendre. Je répondis que je leur défendais de se présenter chez moi et chargeai Naatje de venir chercher Wimpie.

Je fis un gros paquet de ses vêtements — je ne gardai que son paletot de capucin — et Naatje, accompagnée de la bonne, le petit entre elles deux, remontèrent la rue. J’étais penchée hors de la fenêtre du rez-de-chaussée, et le vis s’éloigner. Avant la courbe, il se retourna et me salua du bras, en criant :

— Je vais revenir, tante, à tantôt… mais ne pleure donc pas, voyons, tu es mon Wimpie.

Et il fit quelques pas pour revenir. Naatje lui fit tourner le coin.

Maintenant la mesure est-elle pleine ?… que peut-il encore m’arriver ?… est-ce assez, est-ce assez maintenant ?… et lui, mon glorieux petit garçon !…

André n’avait pas voulu assister à son départ, mais la bonne l’aperçut qui les guettait ; quand il les vit arriver, il se sauva et vint chez moi.

Nous ne dîmes rien. Le soir je dînai chez lui, où sa mère m’assura que cela valait mieux ainsi, que je n’aurais recueilli aucune reconnaissance.