— Une belle maison comme une belle dame… il doit faire chaud et moelleux là-dedans…
Ses sarcasmes s’entrecoupaient de hoquets : les chiens s’étaient affalés dans la boue.
— Virginie, donnez quelque chose à manger à ces bêtes, et deux francs à la femme.
— Madame n’y songe pas, c’est une soularde : dix centimes suffisent.
La femme continuait de fulminer.
— Virginie, faites-la taire ou allez chercher la police… non ! non ! pas ça, mais faites-la taire.
— C’est cependant le seul moyen, madame, de se débarrasser de cette mégère.
— C’est bon, laissez-moi.
Ah ! larbine, tu es digne de moi, comme je suis digne de toi… « Ton manteau de cinq cents francs », a-t-elle dit… Il en a coûté le quadruple, mais cinq cents francs lui semblaient une fortune… Et pourquoi ai-je fait cette réflexion : « ils meurent de faim… » Je n’en continuerai pas moins à avoir, dans le fond d’un tiroir, de l’argent pour m’acheter des fanfreluches et offrir des colifichets à des amies qui n’en ont pas besoin… « Ils meurent de faim »… Pourquoi cet apitoiement stérile ? Pourquoi cette larme à l’œil ?… Ah ! au diable, quand vais-je donc me ficher la paix ?
Nous avions pris le tramway pour aller déjeuner au Bois. J’avais compté nous y promener avant le repas, pour me délecter des arbres au feuillage doré, cuivré, bronzé ; mais André, à peine descendu du tramway, se livra à une marche si accélérée que je trottais littéralement à côté de lui.