— Si chez lui on le pousse à cela, il faut le faire partir. Allez passer l’hiver dans le Midi, et en tous cas supprimez toute occupation intellectuelle.

J’allai chez sa mère. Quand je parlai du Midi :

— Ah ! vous avez envie de faire un voyage…

— Pas le moins du monde, madame, mais André en a besoin. Ne voyez-vous pas qu’il est si surexcité et si je ne sais comment…

— Ce n’est rien, il a toujours été ainsi.

— Mais non, il n’est plus comme avant, il a des absences.

— Des absences, mon fils ? Nous avons le cerveau trop bien fait : aucune défaillance ne peut nous arriver de ce côté-là.

Rien à faire, elle croyait que j’avais envie de faire un voyage, et que j’inventais n’importe quoi pour arriver à mes fins.

L’ami médecin vint lui-même persuader le père, et nous partîmes.

Ce voyage fut presque une galopade ; il n’y eut qu’à Nîmes où André consentit à rester deux jours. Il était du reste très bien, la tête dégagée de se trouver toute la journée au grand air, par un temps pur et splendide. Nous exultâmes d’enthousiasme dans les Arènes, mais il me fit passer par les affres de la peur, en se promenant tout en haut, sur le bord extrême des gradins, avec le vide à côté. Je n’osais rien dire, car il aurait continué exprès… Les Bains nous impressionnèrent fort : nous pensions aux beaux Romains nus qui s’étaient promenés là à la même place.