J’étais prête à crier au secours ; je m’enfonçai le drap dans ma bouche, pour ne pas l’éveiller par mes soupirs. La chaleur de son corps me mit dans un malaise insupportable, mais le mouvement de sa tête sur ma poitrine était si confiant, ses mains aux doigts écartés pour chercher de la fraîcheur étaient si touchantes, que jusqu’au milieu de la nuit je le gardai enlacé. Puis il se dégagea de lui-même et se remit à me parler de notre vie future.
C’est la dernière causerie où il put lucidement développer ses pensées, et ce fut pour m’exprimer sou amour.
Nous rentrâmes au bout de trois semaines. Il informa tout de suite sa mère qu’il voulait habiter avec moi. Elle s’écria :
— Mais je croyais plutôt que cela allait finir entre vous deux…
Il pâlit et, les lèvres tremblantes, il lui annonça qu’il s’installerait chez moi, si elle croyait qu’il n’y avait pas de place pour moi dans leur maison.
— Oh ! je ne dis pas ça, je ne dis pas ça… Du reste, je dois aller avec ton père à la campagne, et il te faudra tout de même quelqu’un ici.
Nous vécûmes plusieurs semaines, très tranquilles. Il était un peu agité, mais charmant. Puis, tout d’un coup, une nuit, il se leva, alluma le gaz dans toute la maison, remonta toutes les pendules et voulut sortir. Je parvins à le persuader d’attendre, puis doucement je le fis se recoucher. Il avait déjà oublié, et riait en me montrant le bon feu qu’il y avait encore dans sa chambre.
Que se prépare-t-il, grand Dieu, que se prépare-t-il ?
Maintenant il s’asseyait dans un coin de la chambre sans dire un mot, comme sous l’impression d’un narcotique. Son ami médecin voulait absolument consulter un spécialiste, mais nous n’osions en parler à André. Nous convînmes qu’on le ferait passer pour un journaliste qui venait lui parler de son livre.