— Tu resteras avec moi. Quelle idée de te mettre en prison, parce que je suis anarchiste… Mais, toi, tu n’as rien fait, c’est parce que tu es pauvre…
Je sus qu’il avait hurlé nuit et jour après moi, croyant qu’on m’avait emprisonnée.
Le père maintenant m’acceptait d’emblée… Je suis sûre que c’était encore la mère qui avait tout exagéré, pour intimider André… Il fut convenu que je m’installerais avec lui à la campagne, près de la ville pour les facilités. Eux, les parents, craignaient trop les émotions.
Je trouvai, aux portes de Bruxelles, une ancienne maison de campagne, au milieu d’un grand jardin entoure d’un mur, où je pouvais lui laisser toute liberté. Il n’a jamais voulu que de moi, pendant sa maladie, ou de Naatje qu’il prenait souvent pour moi, bien qu’elle fût brune. Après quelques jours de vacances que le docteur m’avait imposés et où il était resté avec elle, il se fâcha en regardant mes cheveux qui avaient fort blanchi dans les derniers temps.
— Comment, je t’avais fait une chevelure brune, et tu es de nouveau grise ?…
Il voulut me frapper, mais il fut si effrayé de son geste, qu’il me prit les mains.
— Allons, c’est bon, tu as au moins remis ton joli nez…
Dans ses courses autour de la maison, il me prenait par la main quand je me trouvais sur son chemin, et, sans un mot, m’emmenait avec lui. Quand il était agité, je glissais son bras sous le mien et, en nous promenant au jardin, je chantais doucement la gloire du grand écrivain André : cela le calmait toujours.
Un jour, il fut lucide et se rendit compte de son état. Ce fut atroce ; il se prit la tête à deux mains et haleta :
— Je deviens fou, mon cerveau chavire, qu’y a-t-il ? que m’arrive-t-il ? Je ne peux plus travailler, plus penser, je fais des choses insensées. Aide-moi, Keetje, dis-moi ce qu’il y a.