Puis je le persiflai sur sa façon de marcher et ses reins trop larges pour un homme, le tout accompagné de regards dégoûtés :

— J’ai rencontré tantôt un voyou superbe, il aurait mieux porté vos habits élégants que vous… Ah ! le voilà ! fis-je, en voyant arriver, d’un air dégagé, le jeune homme ; on dirait un poulain pas encore ferré…

Je me connaissais un peu en poulains. Mon père avait été longtemps garçon d’écurie chez un éleveur, et, quand je lui apportais son dîner, il me montrait les poulains, en appelant mon attention sur leurs qualités.

Stéphanie me tira par le bras, en nous entraînant dans une allée de côté.

— Tais-toi, c’est mon frère, il serait capable de nous accoster…

Mais j’étais lancée. Ma migraine me tirait un œil et m’enserrait les tempes. Je voyais que je pouvais insulter le bonhomme, pourvu que je me laissasse attirer dans les fourrés. Mon exaspération montait, montait…

— Ecoute, Stéphanie, je ne veux plus être vue avec quelqu’un qui a des pieds semblables… je serais perdue de réputation…

Et je les plantai là. Stéphanie resta encore un instant à me regarder, estomaquée, puis elle me rejoignit, ne sachant si elle devait rire ou se fâcher.

— Tu sais, toi qui t’étonnes quand je les traite de voyous…

— Ce mufle qui n’osait se montrer avec nous dans les grandes allées, parce que nous sommes mal habillées… Si nous étions des cocottes chic, ils seraient fiers de nous afficher, mais ils rougissaient de nos guenilles… Eh bien, j’ai voulu leur montrer qu’il y a des choses plus ignobles que des guenilles. J’avais un vrai plaisir à faire pâlir ce butor, de vanité blessée : il ne savait où fourrer ses abatis… Moi qui pose pour ma beauté, qui suis tantôt nymphe, tantôt princesse, je ne veux plus me laisser humilier par des êtres de cette allure…