Je la compris parfaitement. Je ne crus cependant pas mentir en répondant « non ».
— Alors je vais te faire donner des leçons de français, et, après, je te placerai comme demoiselle de magasin.
— Oh ! madame ! oh ! madame ! pleurais-je.
Elle chargea sa concierge de me chercher un professeur de français. La concierge trouva parmi ses connaissances une vieille demoiselle qui, pour vingt francs par mois, me donnerait deux leçons par semaine. Elle me faisait des dictées et je devais apprendre des verbes par cœur, mais elle ne me donnait aucune explication.
A la fin du deuxième mois, ayant reçu les vingt francs pour payer les leçons, je rentrai chez nous, la pièce d’or roulée dans un petit papier. C’était en été : peu de peintres en ville et le loyer à payer… Mes parents firent si bien que je leur donnai les vingt francs.
Le lendemain, la vieille demoiselle, étonnée de ce que je ne la payais pas, alla chez la concierge. A la leçon suivante, elle me dit :
— Vous avez reçu l’argent, n’est-ce pas ?
Je répondis « oui », en devenant cramoisie. Elle n’insista pas.
Le soir, j’écrivis à la dame, qui était à son château, que j’avais payé notre loyer avec l’argent du professeur, puis que je ne lui avais pas dit la vérité en lui répondant que je n’avais jamais été mariée.
Je reçus tout de suite la réponse : « J’aurais dû avouer à la demoiselle que j’avais payé notre loyer avec son argent, il n’y avait aucune honte à cela ; et je pourrais aussi mieux écrire en français, maintenant que j’avais reçu des leçons ; mais je devais comprendre qu’elle, la dame, ne pouvait plus s’en occuper… »