— Ce n’était pas de la populace, c’étaient des ouvriers : celui à qui je donnais le bras sentait le cuir.
— Oh oui ! ils sentent bon !… tu es indécrassable, je l’ai vu ce soir.
— Et toi donc qui, l’autre jour, as ôté ton chapeau pour cette pitrerie religieuse… c’est bien pis.
Et, cessant de le tutoyer :
— Du reste, ce que je fais ou ce que je sens ne vous regarde pas.
Nous boudions pour de bon et ne dîmes pas un mot en nous déshabillant. Au lit je mis le drap entre nous et me couchai contre la ruelle pour ne pas le toucher.
Je ne pus dormir, je me tournais et retournais. Je sentais toujours l’odeur de cuir de mon compagnon de foule ; j’entendais le galop des chevaux et les cris du peuple piétiné, et toutes les maisons dorées de la Grand’Place se mouvaient devant moi.
Vers le matin, je me calmai, et je pensai qu’Eitel avait cependant été chic, lui, un monsieur qui savait le latin et le grec, de m’avoir suivie pour veiller sur moi ; que, sans lui, fanatisée comme j’étais par ce chant, j’aurais peut-être été piétinée aussi sous les chevaux. Je sentais craquer mes os et mon ventre se défoncer…
Rétrécie de peur, je m’approchai de mon amant et lui grattai tout doucement la tête. Il se retourna vers moi.
— Ah ! ma jolie petite bête ! fit-il, en m’étreignant.