— Voyons, petite, qu’y a-t-il ?
Je le lui racontai.
— Peuh ! ne pleure pas pour cela, je vais commencer une grande toile avec toi… Tu veux louer une chambre garnie ; mais, si tu pouvais donner un acompte, tu t’achèterais des meubles au mois, et tu serais chez toi.
— J’ai cent quatre-vingts francs dans ma tirelire.
— Oh ! avec un acompte de cette importance, cela ira tout seul.
Et il me donna l’adresse d’un marchand, où un de ses amis, journaliste, s’était fourni pour mettre une petite femme dans ses meubles.
Le soir, je proposai à Eitel d’acheter des meubles dans ces conditions : il le trouva bien. J’allai avec lui chez le marchand, ce qui inspira confiance, et, avec mes cent quatre-vingts francs d’acompte et moyennant vingt-cinq francs à payer par mois, on me livra une chambre à coucher en noyer.
Huit jours après, je quittais l’appartement d’Eitel pour m’installer dans une petite chambre. Je pleurais, très angoissée, lorsque le premier soir il me quitta à dix heures. Mais, quand je regardai autour de moi ces beaux meubles tout neufs qui m’appartenaient et que je me disais que je pourrais lire jusqu’au matin Le Cousin Pons, sans devoir éteindre la lampe, quand je pensai qu’Eitel ne pourrait plus me défendre de faire venir mes petits frères et sœurs, alors je me sentis un peu plus tranquille… mais c’est égal, je sanglotais et appelais Eitel, en lui promettant de ne pas être un obstacle…
Pour faire croire qu’il m’avait quittée, il affectait de sortir seul. Un jeudi, il vint chez moi, les cheveux tout frisés.
— Quelle horreur ! fis-je, c’est trop…