— D’ici dimanche, ce sera atténué, l’ondulation paraîtra naturelle… Dimanche, je veux faire ma demande.

Le dimanche matin, il vint encore chez moi, jeune, pimpant, l’air radieux et sûr de lui. Je fus tellement choquée que, pour la première fois, je ressentis un mouvement de haine que j’eus grand’peine à réprimer… « Si je pouvais le prendre par la peau du cou et le flanquer par la fenêtre au milieu de ce tas d’ordures, quel régal !… » Mais, quand il fut parti, je pleurai encore amèrement, en tendant les bras vers la porte.

Toute la journée, je m’enfermai et, couchée sur le dos dans mon lit, je songeais… Cette effroyable misère, qui m’avait tenaillée pendant vingt ans, passait et repassait, avec toutes ses abjections, devant mon esprit angoissé… Puis voilà un an que je couchais toutes les nuits dans ses bras, qu’il m’appelait sa petite bête, que je lui faisais prendre le matin des poses de statue, et voilà que tout allait finir.

Je me levai et me fis une tasse de thé. Alors, assise dans mon pliant canné, je regardai autour de moi : les stores étaient baissés, une lumière rouge et jaune filtrait, mes meubles flambaient tout neufs, je buvais du thé dans une jolie tasse de faïence à ramages lilas.

« Tout cela est à moi, Eitel a promis de payer… Maintenant on me prête toujours des livres… les enfants grandissent et travaillent, je pourrai garder l’argent que je gagne, pour vivre… car ce serait immonde de me faire entretenir par l’argent que Mlle A… lui apportera : je ne le veux pas, criais-je, les poings tendus… En ce moment il doit être occupé à faire des simagrées : il est plus petite femme que moi… hein, si je pouvais entrer là et défaire mes cheveux, et lui dire : « Faquin, tu m’as prise avec de vrais cheveux ondulés ; chez toi, c’est artificiel, tu trompes sur la marchandise ; ne le prenez pas, mademoiselle, il est sec comme une peau de banane, c’est toujours moi qui l’embrasse… » Ah ! mon Dieu ! que peuvent-ils bien se dire en ce moment ? et moi qui suis ici à m’angoisser… Eitel, reviens, je serai ta petite bête encore plus câline… Comment vais-je savoir quelque chose ? »

J’attendis toute la nuit dans une grande anxiété, mais il ne vint pas.

Le lendemain, après son bureau, il entra chez moi, pâle, défait, et plus une frisette dans les cheveux.

— Hein ?

Il fit un mouvement de la main et se laissa tomber sur mon lit.

— Cette grue ne t’a pas voulu ?