Ce que je suis ! ! ! J’étais prête à pleurer… Tout avait été si beau… Enfin ! ! !

Nous visitâmes le Dôme. Il ne me disait rien : cette église toute neuve, avec ses bandes d’Anglais qui entraient et sortaient… Comment jouir de quoi que ce soit, entourée de bruissements de Bædecker qu’on compulse et de pas qui résonnent… et cette odeur confinée qui vous oppresse… Je préférais de beaucoup Sainte-Gudule et Notre-Dame du Sablon. Eitel en était indigné.

Je suis retournée deux fois à l’Aquarium pour voir un poisson couleur soleil, grand et gras comme une carpe, dont les évolutions dans l’eau me surprenaient. Par les jeux de lumière, il était tantôt en or battu, tantôt en beurre frais, puis orange : je ne pouvais m’en rassasier.


J’avais posé chez un ministre plénipotentiaire, qui faisait de la peinture d’amateur. Il savait que j’allais beaucoup au Musée.

— Et que regardez-vous de préférence ?

— Les maîtres hollandais… Devant un Pieter de Hoogh, je ressens tout le calme des grands canaux d’Amsterdam, et Rembrandt me remet dans le quartier juif.

— Et les gothiques, les regardez-vous ?

— Ils m’agacent : cette humanité est fausse, elle ne sent pas. Quand on lance des flèches dans le corps de saint Sébastien, sa figure ne bouge pas, et, sur des tableaux où l’on torture les gens, ceux qui les entourent parlent de leurs petites affaires… c’est crispant, c’est irréel.

— Vous vous trompez : l’humanité n’avait pas la sensibilité de maintenant ; puis ils croyaient en Dieu, le reste ne les touchait guère…