— Viens, je vais te montrer un beau tableau.

Et il me conduisit devant le portrait de la Reine de Prusse descendant un escalier. Elle porte un voile autour de la tête et du cou : Eitel me disait que c’était pour cacher ses écrouelles. Ecrouelles à part, que je jugeais être un malheur, je trouvais que le tableau comme la reine avaient l’air pécore…

J’entraînai à nouveau Eitel vers les salles gothiques.

— Non, laisse-moi tranquille, ces grosses têtes vulgaires sont insupportables : est-ce que Dieu et les Saints peuvent avoir cette expression abêtie ?

Et devant la Vierge à la Roseraie :

— C’est une image coloriée pour enfants.

— Le peintre N… a un vieux livre de prières, il m’en montre quelquefois les images, qu’il appelle des enluminures, en tenant lui-même le livre à la main de crainte que je ne l’abîme. Eh bien, les petits anges en robes jaunes et roses autour de la Vierge sont peints comme ces images ; leurs petites figures ont la même fraîcheur et, comment dirai-je, le même émaillé… Je trouve cela délicieux.

— C’est enfantin.

Devant une toute petite toile d’un maître hollandais inconnu, Die heilige familie beim mahle, qui m’attira comme par un aimant, il s’esclaffa encore.

— Regarde, fis-je, ils portent le bonheur sur leur visage, ils sont heureux d’être ensemble… et vois donc, là-haut, sur un meuble, cette cafetière en étain, et, sur cette étagère, le coffret et le livre de prières… Ce rouge brun des boiseries, je l’ai déjà vu sur un tableau, au Trippenhuis à Amsterdam : un tout autre tableau, mais il y avait ce rouge, le tableau était de… de… Pieter de Hoogh.