— Je lui ai demandé cela sans réflexion, sans y attacher d’importance : je croyais que nous étions tous bons camarades ensemble. Chez les peintres, l’un moud le café, l’autre coupe le pain, sans faire de manières… Mais s’il me prend pour la cuisinière, il se trompe, et il ne mangera plus chez moi qu’invité.

— Mais voyons, nous y gagnons, il paie bien, c’est un malentendu.

— C’était un malentendu de ma part de croire que ce monsieur était un ami. Je ne veux plus ; un point, c’est tout.

— Quelle créature indisciplinée tu restes, Keetje : ton allure est distinguée, mais tu es une sauvage…

— Ça m’est égal.

— Et ce vin que j’ai acheté ?

— Tu n’as qu’à le boire, voilà.

*
* *

Eitel de nouveau voulait se marier. Il avait encore fait croire qu’il m’avait quittée et ne venait me voir que le soir très tard.

J’avais ordinairement passé la soirée chez un peintre qui, depuis douze ans, vivait avec sa maîtresse que tout le monde appelait sa femme. En rentrant, je me couchais et lisais : c’est presque toujours lisant qu’Eitel me trouvait. Il en était agacé.