Ces discussions et attrapades se passaient ordinairement dans la forêt de Soignes, que nous traversions au moins trois fois par semaine pour aller dîner à Groenendael. Nous marchions, après ces altercations, chacun de notre côté ; puis je me rapprochais de lui.

— André… voyons…

Et, avec de vraies larmes aux yeux, il me disait :

— C’est lamentable ! il n’y a rien à faire avec les femmes : tu as déjà tant lu, et tu parles de Hugo comme la plus ignorante ou la moins compréhensive des créatures. Je croyais qu’en causant comme nous faisons, tu aurais fini par sentir la grandeur de ce poète unique.

— En causant… Crois-tu que cela t’est venu en causant, à toi ? Tu as eu des professeurs pour tout, depuis l’âge de quatre ans… En causant… tu te moques de moi… oui, si j’avais ta base, mais je n’ai que mes impressions… Je comprends cependant Jean-Jacques et Dostoïevsky : ils me font tressaillir de haut en bas, mais Hugo… il me donne la sensation d’une machine très perfectionnée qu’on déclenche…

Il jetait violemment son cigare.

— Ah ! non ! Enfin, tu ne seras jamais qu’un à peu près.

— Si je suis pour toi un à peu près, je m’en vais, je ne veux pas, je veux être tout.

— Tout ! mince !…

— Tout… tout ou rien.