Et, à mon tour, j’éclatais en sanglots.

— Mon Dieu, ne pleure pas, tu n’y peux rien. Je suis une brute…

— Ah ! non ! Ah ! non ! pas ça… je ne veux pas de ta pitié : mon cerveau vaut le tien.

— Ah, par exemple… Tu te figures ça, toi qui ne sais rien, qui n’as rien appris.

— Tantôt tu disais que cela devait me venir en causant… Du reste, je n’ai pas appris ce que tu as appris, mais j’ai vu beaucoup plus dans la vie que toi, et cela m’a fait comprendre des choses que tu ne comprendras jamais, parce qu’il faut les avoir vécues pour les sentir. Tu sais une chose, moi une autre… Mais nous ne devrions pas nous fâcher ainsi, j’ai trop peur de te perdre.

— Oh ! non, quelle idée…

Et, nous tenant par la taille, nous continuions à travers la forêt, ne pensant plus qu’à nous câliner.

Le soir, en revenant dans l’obscurité, nous clabaudions gaîment sur les gros bourgeois, que nous avions vus s’empiffrer.

Puis il grimpait sur un poteau indicateur pour voir si nous étions dans la bonne voie, pendant que je me haussais sur la pointe des pieds, une allumette flambante levée vers lui. Il glissait en bas, m’entourait la taille et, sous ses baisers, m’inclinait dans la neige ou sur les feuilles mortes. Nous rentrions souvent à deux heures du matin, courbaturés, mais apaisés et heureux, avec tous les parfums de la forêt sur nous.

— Keetje, tu ne dois pas rester ainsi : tu parles un jargon impossible, avec un accent anglais qui déconcerte chez une Hollandaise. Tes lettres sont très bien, tu y mets toute ton âme, mais quelle orthographe ! Voici l’adresse d’une institutrice qui enseigne la grammaire, je l’ai prise sur une pancarte affichée à sa fenêtre ; va donc t’informer.