[ [2] Catalogue de la bibliothèque de feu M. Baron, premier Médecin des Camps et Armées du Roi en Italie et en Allemagne, ancien Doyen de la Faculté de Médecine de Paris. Paris, Née de la Rochelle, 1788, in-8o.
Quel en fut l'acquéreur immédiat? On l'ignore: mais, deux ans plus tard, il était préparé pour l'impression, revu, commenté et augmenté, pour servir d'annexe à un Recueil de Priapées Latines dont voici le titre projeté, de l'écriture du Commentateur:
CARMINA ITHYPHALLICA
vel
EROTICA LATINAQuibus accedit Dictionarium Eroticum Latino-Gallicum, continens voces salaciores apud auctores optimae notae reperiundas, cum eorum paraphrasi Gallica
Olim a Petro Nicolao Blondeau, advocato, confectum et in schedis manuscriptis relictum, nunc revisum et auctum
IN INSULA CYTHERAE
Typis Amoris
1790
On se proposait, en outre, d'en faire un tirage séparé, avec ce titre spécial:
DICTIONNAIRE ÉROTIQUE
LATIN-FRANÇAISpour servir à l'intelligence de quelques auteurs de la belle Latinité, et de Supplément au Dictionnaire dit de Boudot
A CYTHÈRE
De l'Imprimerie de l'Amour
L'an deuxième de la Liberté
1791
Au verso d'un de ces titres sont de petites notes ou memoranda du Commentateur, indiquant les ouvrages qu'il devra consulter pour son édition des Carmina Ithyphallica ou Priapées Latines:
- Priapeia.
- Excerpta ex Anthologia Latina.
- Excerpta ex Catullo, Tibullo, Propertio, Phaedro, Ovidio, Lucretio, Horatio, Martiale, Juvenale.
- Pervigilium Veneris.
- Ausonii Cupido cruci affixus; Cento nuptialis.
- Ausonii Rosae idyllium.
- Vérifier, dans Baudii Amores, les pièces anciennes qui peuvent me convenir.
- Le Delectus Epigrammatum Latinorum diffère-t-il de l'Anthologie de Burmann?
- Pline le Jeune a écrit quelques vers libres, dont il cherche à s'excuser dans deux de ses Lettres. Voyez, au 7e livre des Epîtres de Pline, sa lettre à Pontius. Ausone en parle, mais ces poésies se sont perdues.
- Apulée a écrit quelques Épigrammes libres, qui se sont perdues; il en parle dans sa première Apologie de la Magie.
- On dit qu'il a existé des Lettres de Cicéron à Cerellia, qui respirent tous les feux de l'amour.
- Le poème d'Io, par Laevius, ancien poète Latin, s'est perdu; il avait aussi composé quelques livres sur l'Amour, nommés Erotopaegnia, dont Barthius a adopté le titre pour ses compositions du même genre.
- On trouve à la fin du Meursius de Barbou des fragments de poésies libres Latines; mais elles sont modernes.
- Voir Poetae Latini minores.
- Je ne prends aucun des vers qui font partie de la Satire de Pétrone, pour ne pas démembrer cet ouvrage, qui peut se joindre un jour à celui-ci.
Avec ces données, il était facile de reconnaître, dans le Commentateur anonyme de notre Manuscrit, l'auteur du Recueil de Priapées publié à Paris en 1798, sous le titre d'Erotopaegnion[3]: c'est-à-dire François Noël, professeur de belles-lettres avant la Révolution, et, de 1802 à 1841, date de sa mort, inspecteur général de l'Université. Et comme j'avais sous la main plusieurs des innombrables autographes et compilations manuscrites laissés par Noël, l'identité de l'écriture n'était pas moins facile à constater.
[ [3] Erotopaegnion, sive Priapeia Veterum et Recentiorum, Veneri jocosae sacrum. Lutetiae Parisiorum, Patris, 1798, pet. in-8o.
Jean-François Noël, né en 1755, mort en 1841, est assez connu: il suffira d'en dire ce qui se rattache plus directement à notre sujet. Comme la plupart des jeunes gens qui, sous l'ancien Régime, se destinaient à l'enseignement, il était entré dans les Ordres, et il occupait une chaire de professeur au collège Louis-le-Grand, lorsque la Révolution lui ouvrit une voie nouvelle. D'abord chef de bureau au Ministère des Relations extérieures, il obtint bientôt des postes diplomatiques, débuta par une mission à Londres en 1792, fut successivement ministre plénipotentiaire de la République à La Haye et à Venise (1793 à 1796); puis, rappelé en France, devint membre de la Commission de l'Instruction publique, commissaire général de police à Lyon (1800), préfet du Haut-Rhin (1801), enfin inspecteur général de l'Instruction publique (1802), place qu'il conserva jusqu'à sa mort. Ses ouvrages, tous relatifs à l'Enseignement, témoignent d'une infatigable fécondité: Leçons de Littérature et de Morale, Françaises, Latines, Latines modernes, Anglaises, Italiennes, Grecques, Allemandes, consistant, pour chaque langue, en deux volumes in-8o; Leçons Françaises de Philosophie et de Morale; Nouveau Dictionnaire des Inventions et Découvertes; Dictionarium Latino-Gallicum; Dictionnaire Français-Latin; Philologie Française, ou Dictionnaire étymologique, critique, historique, anecdotique et littéraire; Dictionnaire historique des personnages de l'Antiquité; Dictionnaire de la Fable; Traduction de Catulle et Gallus; Abrégé de la Grammaire Française (avec Chapsal), etc.