ANTHENOR.

Ha! moderez ce transport qui vous nuit,
Laissez, laissez passer ce torrent qui s'enfuit:
Son orgueil s'enfleroit par vostre resistance,
Et porteroit son cours à plus de violence:
Souffrez que sa fureur se puisse reposer,
Vous verrez ces grands flots d'eux mesme s'appaiser,
Et faire succeder à ce facheux orage
Un calme dont l'effet vous plaira davantage
Provenant d'un esprit vaincu par la raison
Que par mille transports produits hors de saison.

ARISTIDE.

Ha! tu ne connois pas combien cette inhumaine
A l'humeur orgueilleuse, insensible & hautaine,
On ne la dompte pas ainsi facilement;
Ce mespris serviroit à son ressentiment,
Et luy feroit sans doute un certain tesmoignage
De tout ce qu'elle croit à mon desavantage.
Allons donc, aussi bien avec cette fureur,
Ne veux-je point paroistre aux yeux de l'Empereur,
Le voila, passons viste.

ANTHENOR.

Allons.

SCENE III.

Diocletian. Rutile. & suitte.

DIOCLETIAN.

Enfin, Rutile,
Les tourmens n'ont produit qu'un effet inutile,
Et ce desesperé souffre sans murmurer
Tout ce que sans mourir on sçauroit endurer?