AGLES.
Approche Virginie, & voy cette peinture,
Ah qu'elle a de raport avec mon adventure!
Qu'ingenieusement pour flatter mes douleurs
Le Peintre a fait agir sa main, & ses couleurs!
Contemple cet objet, regarde, considere,
Ces pleurs coulent des yeux d'une dolente mere,
Qui triste comme moy fait tout ce que je fis
À l'instant malheureux que je perdis mon fils.
Voy comme elle est troublée, interdite, incertaine,
Ne sçachant où chercher la cause de sa peine;
Voy ce corps qui s'avance, & puis comme à son tour
La pudeur sert d'obstacle au dessein de l'amour;
Elle est vierge, elle est mere, & son ame est atteinte
Par ces deux qualitez de desir & de crainte;
Mais en fin son amour de la peur triomphant
Luy fait heureusement recouvrer son enfant.
Ô vierge bien-heureuse, ô pitoyable mere
Qui sentistes les traits de ma douleur amere,
Puisque vos maux aux miens eurent tant de raport,
Faictes que mes desirs ayent un semblable sort;
Assez et trop long-temps mon ame est à l'espreuve,
Redonnez moy mon fils, faictes qui je le treuve,
Et que par vos bontez mes ennuis adoucis
Se perdent tout à fait à l'abord d'Alexis.
VIRGINIE.
Vous devez l'esperer, Madame.
AGLES.
Ah Virginie,
Que je ressentirois une joye infinie,
Si ce rare bon-heur me pouvoit arriver;
Mais où court Olympie?
VIRGINIE.
Elle vous vient trouver.
AGLES.
Allons à sa rencontre.