C'est là, jusqu'à la Révolution, que sont descendus les plus illustres pèlerins de Sainte-Anne.
À côté de l'hôtellerie nous avons visité, avec le plus grand intérêt la maison de Nicolazic.
C'est dans cette maison que, à différentes reprises, sainte Anne apparut à son serviteur et lui parla. C'est là qu'eut lieu sa dernière apparition, dans la nuit du 7 au 8 mars 1625.
À Sainte-Anne par exemple on est assailli de mendiants mains tendues pour recevoir un pauvre petit sou, c'est le revers de ce beau pèlerinage: des haillons et des infirmités. Comme maman en témoignait son étonnement à mon oncle, celui-ci répondit: «C'est vrai et c'est le cas de rappeler le mot de Taine: La guenille humaine est ici la plus hideuse que j'aie jamais vue, disait-il, en parlant des bas quartiers de Londres.» Eh bien! il en aurait dit autant s'il avait vu le rebut de la race bretonne à travers les loques de ses miséreux. Ce sont les jours de fête aux noces, aux pardons qu'on peut encore les voir de près. Aux pardons ils vous importunent de leurs quémanderies, mais aux noces ils sont tout à la joie; là ils ont droit de cité, la coutume existe toujours de les y convier.
Après le repas des mariés et des invités, la table est de nouveau servie pour tous les pauvres qui veulent s'y asseoir. On les voit passer par groupes nombreux, leurs misérables vêtements contrastent singulièrement avec les riches costumes du pays et le bon peuple breton les accueille, leur sourit même, donnant ainsi l'exemple de la plus parfaite confraternité.
De loin en arrivant au Champ des Martyrs on aperçoit une élégante colonne dorique de granit bleu que surmontent un globe et une croix.
Derrière cette colonne s'ouvre une longue avenue de sapins, à l'extrémité de laquelle se trouve un vaste enclos entouré de deux rangées d'arbres verts et fermé par des haies. Dans le fond apparaît la chapelle expiatoire construite dans le style grec. Elle est rectangulaire et compte quarante-cinq pieds de longueur sur vingt de large.
La façade est un portique d'ordre dorique à quatre colonnes monolithes extraites des carrières de Saint-Malo. On y arrive par quinze marches; le fronton porte cette inscription:
In memoria æterna erunt justi. La mémoire des justes est éternelle.
Au-dessus de la porte d'entrée de la chapelle on lit ces mots: