«Tu permets, ma nièce, a-t-il dit à maman, tu permets…
—Comment donc, mon oncle?
—Je suis tourmenté par la Muse, comme disait Châteaubriand. Et sur cette comparaison modeste mon grand-oncle s'est mis à déclamer:
Audacieux mortel, au sommet du Parnasse,
Crois-tu caracoler sur le dos de Pégase;
Cet animal rétif pour venger Apollon,
Te précipitera loin du sacré vallon.
Arrête, audacieux, quel démon te lutine?
Du ciel éprouves-tu la vengeance divine?
Arrête…
—Mon Dieu, oui, papa, arrêtez-vous-là, a dit Francine, ces déclamations vous fatiguent toujours.
—C'est-à-dire qu'elles ne t'intéressent guère. C'est le chagrin de ma vie, mes chères nièces, ma fille ne me comprend pas.
—Si, papa, j'admire vos œuvres, mais je préfère vos poésies légères qui sont moins longues. Dites plutôt à mes cousines les jolis vers que vous avez faits jadis pour moi, quand j'avais seize ans.
—Oui, mon oncle, dites-les, je vous en prie, d'abord ma cousine que je trouve charmante est faite pour inspirer les poètes, et le poète ici s'est doublé du père.
—Tu veux dire que le cœur et l'esprit se sont rencontrés ensemble pour chanter le même objet.
—C'est cela même, mon oncle.