Quand la mer est phosphorescente, c'est un bien autre tableau. Son écume est de perles, ses vagues de flammes, et la seine, devenue un réseau d'or, disparaît dans des sillons de feu. C'est la pêche merveilleuse, mais qui n'en devient pas plus pour cela la pêche miraculeuse, bien au contraire, et le poisson défiant, loin de se laisser fasciner par ce qui brille, se tient coi dans ses profondes retraites, et se moque bien des filets et des pêcheurs.

Trois beaux Parisiens, venus en villégiature dans nos parages, et désireux de connaître tous les plaisirs qu'offre la mer, sont apparus à cette pêche aux flambeaux et qui oblige à se mettre à l'eau, parés de leurs plus beaux atours, comme pour aller au bal, pantalon gris perle, habit de gala, chapeau à haute forme, gants frais, souliers vernis! Ils espéraient sans doute nous éblouir; eh bien! ils n'ont point réussi, et nous nous sommes bien amusés d'eux et de leur toilette, dans laquelle ils paraissaient aussi à l'aise que nos poissons dans nos paniers.

Nous attendons des amis qui doivent venir à bord de leur yacht et depuis hier nous interrogeons continuellement l'horizon, chaque bateau qui passe éveille de nouveaux espoirs, suivis de nouvelles déceptions.

Pourquoi n'arrivent-ils pas? C'est que l'homme n'a point encore découvert le secret de commander aux vents et aux flots, et que le voyageur qui prend les grandes routes de l'Océan avec ses voiles au vent ne peut pas dire, comme celui qui marche par les chemins de la terre: tel jour et à telle heure j'arriverai! Cela serait vraiment trop commode si l'on pouvait prendre la rose des vents et tenir la corde du côté qu'on veut. Un rien dérange l'harmonie, la brise qui tourne, le courant qui change, la lune qui s'est mal couchée ou le soleil qui ne s'est pas mieux levé, et crac, il n'en faut pas davantage pour grisonner le ciel, bouleverser la température si impressionnable des mers et déranger tous les projets.

Le 23 septembre.

Nous tenons enfin tout notre monde. «Se voir est un plaisir, se revoir un bonheur!» Mais, à peine arrivé, on nous menace de repartir, on est venu seulement nous serrer la main, nous dire un petit bonjour. Moi, j'espère beaucoup en l'inconstance des flots, dont cette fois je bénirai les caprices. Les vents n'ont pas changé et puisqu'ils étaient favorables à l'arrivée, ils seront très contraires au départ.

Le 25 septembre.

Hier soir nos amis nous ont fait de longs adieux, le vent n'était pas précisément pour eux, mais ils devaient lever l'ancre au premier courant, entre trois et quatre heures du matin. Dame! je riais sous cape, bien convaincue que l'embarcation resterait en panne toute la journée entière et peut-être plusieurs jours encore. C'est ce qui va arriver, et pendant qu'elle déploie ses grâces sur place, que ses voiles pendent piteusement, sans un souffle pour les gonfler, ce qui, au fond, nous est fort agréable, nous allons promener nos hôtes dans nos environs. Lundi, grande excursion sur le littoral.

Le 26 septembre.

Nous projetons d'aller à Pornic; ce sera une jolie excursion, mais, en attendant, le ciel s'est chargé de nous donner une fête de nuit gratis et à domicile. D'abord nous avons allumé nos regards aux clartés de la nature. De grandes lueurs couraient dans le ciel, qui en restait tout illuminé; ce n'étaient que sillons d'ombres et de lumières jusqu'à l'horizon; ces lueurs, ces épars comme on voudra, s'étaient surtout emparés d'un gros nuage blanc qu'elles avaient métamorphosé en feu d'artifice dont les étincelles, les fusées, les gerbes nous apparaissaient dans la sérénité et la transparence d'une nuit tranquille, sans le tapage des artificiers et l'odeur de la poudre. Un peu plus loin, le gros globe rouge de la lune, (la lune cette amie du marin) sortant de la mer, semblait un nouveau phare, ou un ballon gigantesque se promenant à la surface des flots; mais bientôt ce sont de véritables éclairs précurseurs de la foudre qui court dans le ciel et secoue l'air et l'Océan de ses violentes détonations. Là, ce sont des déchirements profonds de l'azur, qui semble labouré par un soc de feu; ici, ce sont des serpents de flammes qui se tordent et déroulent leurs anneaux sans fin. Puis, pendant quelques instants tout rentre dans la nuit, pour revenir ensuite avec plus d'éclat encore.