Oui, de tous côtés des milliers d'étincelles se croisent, se choquent, s'allument et s'éteignent à la fois, s'en allant et revenant comme une folle bande d'insectes lumineux, une troupe de papillons d'or à faire rêver aux lucioles d'Italie. La nature, qui ne fait jamais les choses à demi, est admirable dans tous ses phénomènes, surtout aux bords de la mer, où elle se montre plus grandiose que partout ailleurs.
Hélas! cette scène magnifique s'affaiblit déjà; la lune va changer les décors, calmer la foudre et paraître sur son char triomphant. Puis, pour lui faire la cour, toutes les étoiles vont se lever sur le passage de leur reine, et, demain matin, lorsque le soleil, à son tour couronnera de son nimbe d'or le ciel transparent et pur, nous croirons que ce violent orage, qui ébranle tout en ce moment encore, n'a passé que dans nos rêves.
Le 28 septembre.
Pornic est un petit port de mer maintenant très fréquenté par les touristes. On n'y trouve pas le monde mirobolant de Dieppe et de Trouville, mais on y rencontre l'aristocratie de l'ouest, et aussi une foule de gens avides de repos; ils viennent demander à la mer son air vivifiant et réparateur, à la belle nature ses sites verdoyants qui défatiguent les yeux du sable brillant des grèves et des lames miroitantes de la mer.
La ville de Pornic a une histoire. Son origine remonte dans l'antiquité. Il est même permis de croire, d'après les découvertes faites de tombeaux romains, d'objets anciens et d'inscriptions multiples, qu'elle avait autrefois une certaine importance.
La mer en se retirant n'a plus permis l'entrée du port aux navires de grande dimension; mais on est autorisé à penser que jadis les vaisseaux pouvaient trouver dans le port de Pornic un abri spacieux.
Un vieux château, ancien castel des seigneurs de Retz, domine l'entrée du port. Au temps des guerres de Vendée, des batailles sanglantes furent livrées sous ses murs, où les boulets ont laissé leurs traces. Une croix de pierre, penchée par le temps, couronne un rocher en saillie sur la mer, lieu de sépulture des chouans.
Le château de Pornic n'est pas le seul souvenir subsistant des seigneurs de Retz, dont toute la contrée a porté le nom. À quelques lieues d'ici se trouve une vieille tour en ruines entourée d'une superbe pièce d'eau où des carpes séculaires prennent leurs ébats. On l'appelle la tour de Princé. Elle était reliée jadis par un souterrain à un vaste château, résidence habituelle des seigneurs de Retz. C'est là que vint souvent le célèbre Barbe-Bleue, dont aujourd'hui on raconte encore aux enfants, les cruautés et le juste châtiment. Le gardien de la tour conduit les visiteurs dans un bois, oui, dans un bois où il montre des îles séparées les unes des autres par des ponts-levis. Jadis les fossés étaient remplis d'eau; actuellement ils sont à sec, et les îles, que l'on appelait les îles enchantées, ne se distingueront bientôt plus. La légende, toute frissonnante, assure que, dans chaque île, Barbe-Bleue enfermait une de ses femmes. Les vieux du pays racontent que dans leur enfance les demeures de ces femmes étaient encore debout.
Mais revenons à Pornic. L'ancienne ville elle-même, propre et gracieusement plantée sur une colline, s'augmente chaque année de chalets, villas, cottages de toutes sortes; si cela continue, une pointe déserte où l'herbe jaunit et où aucun arbre n'a jamais pu pousser, la pointe de Gourmalon, ne tardera pas à former une sorte de faubourg.
De Pornic à Sainte-Marie, on rencontre trois plages, celles du Château, de Noveillard et des Grandes-Vallées, qui sont pendant toute la journée les lieux où l'on se retrouve et où l'on vient s'asseoir. Une jolie promenade, sorte de terrasse sur la mer, y conduit en suivant les détours accidentés de la côte.