Oxford possède une fabrique de Bibles, c’est par milliers qu’elles s’en vont chaque jour inonder les colonies et le monde entier, et une Université fondée au commencement du XIIe siècle, disent les uns, dès le Xe siècle, par Alfred Le Grand, disent les autres. En tout cas, cette Université célèbre compte vingt-quatre collèges tous plus beaux les uns que les autres: Saint-John’s, Magdalen, Kable Christ-Church, Trinity, Queen’s, New-Collège, etc. Cette Université est généralement dévouée aux principes des Tory (elle envoie deux députés au Parlement) et à l’église anglicane. Cependant c’est dans son sein qu’a pris naissance le Puseysme, encore une nouvelle secte que ma bonne amie m’a expliquée. Son principal auteur est le docteur Pusey, chanoine de l’église du Christ et professeur d’Hébreu à Oxford. Sauf qu’elle déclare la loi indépendante du pouvoir pontifical elle se rapproche du catholicisme sur les points les plus importants. Elle rétablit la messe, la Confession, la pénitence, le jeûne, l’invocation des saints.
Inquiétés par l’épiscopat anglican qui ne les voyait pas d’un bon œil, la plupart des Puseyistes ont ouvertement embrassé le catholicisme.
Tous les collèges ont des jardins ou des parcs, de sorte qu’il est impossible de trouver une même ville ayant autant de promenades et d’aussi belles.
Oxford possède encore plusieurs halls, édifices pour loger les étudiants, plusieurs bibliothèques parmi lesquelles la Bodléienne, comptant plus de deux cent mille volumes et vingt-cinq mille manuscrits, une belle galerie de tableaux, un musée d’histoire naturelle, un jardin botanique médiocre.
Cette ville fut prise d’assaut en 1067 par Guillaume. Elle devint pendant quelque temps l’une des résidences des Rois; c’est là que furent rédigées en 1258 les Provisions dites d'Oxford. Charles Ier s’y retira pendant la guerre civile.
JOURNAL DE SUZETTE
Ma consolation ici, c’est la gouvernante, Miss Emily, une jersiaise, d’origine bretonne, parlant français. Il est facile de voir que la perfide Albion ne tient aucune place dans son cœur. Elle aime sa maîtresse qu’elle sert fidèlement depuis 30 ans, mais elle n’aime pas les Anglais. Elle a la permission de me montrer la ville et nous faisons de jolies promenades ensemble.
Je désespère de pouvoir faire la description d’Oxford, je ne connais rien à l’architecture, et je crois que lorsque j’aurais dit c’est beau, je ne pourrais que m’arrêter. Cependant je vais faire de mon mieux.
La ville est très grande, bien percée, propre, mais ce qui fait sa gloire ce sont ses nombreux collèges, tous plus beaux les uns que les autres, bâtis dans le genre de nos vieux châteaux français, comme celui de Josselin, par exemple. Tous sont recouverts de lierre, de vignes vierges et entourés de parcs charmants où l’on peut se promener; ces parcs se composent d’allées ombragées de beaux arbres et de pelouses. On ne trouve guère de fleurs que dans les jardins particuliers.
Oxford, malgré sa réputation de jolie ville, manque de gaîté. Jusqu’ici les villes que j’ai vues me paraissent tristes. Les maisons estompées de briques rouges sont ternes. Cela tient sans doute à la couleur grise du ciel, et à celle des pierres couleur du ciel. On ne crépit pas les maisons, on ne les blanchit pas davantage, je trouve qu’on voit trop la carcasse. Oxford compte trois mille étudiants que l’on reconnaît facilement à leur costume très drôle. Ils portent un énorme manteau flottant, et un chapeau, dur comme un morceau de carton, de forme carrée, orné d’un gland, qui leur tombe sur le nez avec toute la grâce imaginable. Si j’en ai le temps, j’habillerai une poupée en étudiant, pour la rapporter en France.