Avant-hier, par curiosité, j’ai accompagné Miss Emily à un service protestant. Un ministre à l’air digne, une baguette de cuivre en main, nous a placées dans un banc.

Il y avait peu de fidèles, mais ils avaient l’air très pénétrés et se tenaient respectueusement.

Quand le ministre jetait les yeux de mon côté, je baissais les miens sur mon livre, une bible imprimée en anglais à laquelle je ne comprenais rien, bien entendu. J’ai trouvé les chants pleins de douceur et de suavité. Il y avait des choristes habillés comme les nôtres, les ministres portaient des espèces de chapes noires bordées d’hermine. J’ai aussi été très édifiée à l’église catholique: les fidèles me semblent plus pieux, plus recueillis qu’en France et pendant les offices restent presque toujours à genoux.

Miss Emily m’a demandé si je voulais visiter les collèges; les collèges, ai-je répondu, je veux bien en visiter un et cela me suffira, car je pense que tous les autres sont à peu près pareils; mais ce que j’ai vu avec plaisir ce sont les grands parcs qui les entourent, celui du collège Keble est particulièrement beau.

Je suis allée voir jouer une partie de lawn-tennis, ce qui m’a bien amusée. Ce jeu fort en vogue a ici détrôné le croquet; c’est la distraction préférée des étudiants. On bataille beaucoup, la raquette en main, on s’amuse, on s’agite, et l’on attrape grand chaud. Ce devrait être le jeu hygiénique de l’hiver pour se réchauffer. Les Anglais sont absolument passionnés pour ce jeu et le Daily-News enregistre leur succès à ce sujet.

JOURNAL DE MADAME
CHAPITRE III

Brood-Way, Le Musée, La Mésopotamie

Brood-Way, c’est-à-dire large voie, est une allée plantée d’ormeaux magnifiques, et les plus grands qu’on connaisse; leur réputation est, paraît-il, européenne.

Le musée d’histoire naturelle que je viens de visiter doit être bien intéressant pour les savants et les étudiants en médecine: des pierres, des silex de toutes sortes, richesses minéralogiques, attendent les premiers, les seconds trouvent des cerveaux, des cœurs, des foies conservés dans de l’esprit de vin, des animaux, corps de girafes gigantesques, d’éléphants monstrueux, de baleine immense, où un ménage pourrait se loger à l’aise et s’installer un appartement complet; enfin, sujet profond d’étude, un millier de crânes humains de tous les pays, et on pourrait presque dire de toutes les formes, et quelques squelettes; en contemplant l’ossature humaine effrayante et attristante tout à la fois, ces vers de Victor Hugo, je crois, me revenaient à la mémoire:

Squelette, où se trouve ton âme?
Foyer, qu’as-tu fait de ta flamme?
O cage vide qu’as-tu fait,
De ton bel oiseau qui chantait?