On contemple d’abord l’université avec ses créneaux, l’hôtel-de-ville avec ses vieilles peintures, la cathédrale avec sa merveilleuse tour. Cette cathédrale construite en pierre de grès rouge, est l’une des plus belles églises gothiques de l’Allemagne. Elle remonte au treizième siècle. La tour haute de cent vingt-huit mètres est un chef-d'œuvre d’architecture et de sculpture; elle se termine par une flèche en pierre à jour, travail surprenant de hardiesse et de légèreté. Cette tour est comme celle de Strasbourg, l'œuvre d’Ewin de Steinbach, et un peu celle aussi de sa fille, la belle Sabine.

Si l’on en croit l’histoire, Sabine vivait au milieu des ouvriers de son père, les aidant de ses conseils, travaillant même avec eux, puisque certaines sculptures fines comme des broderies, à Strasbourg comme ici sont dues à ses mains délicates. Ils la faisaient juge de leurs différends et l’avaient surnommée «La Reine du travail.»

C’est à Fribourg-en-Brisgau qu’il faut venir pour s’extasier tout à son aise devant les reliques du passé.

Vieilles maisons, vieilles ruelles, vieux porches, vieilles tours, pignons gothiques, cloîtres sévères, peintures murales extérieures et décorations de fer forgé, voilà ce que l’on voit à Fribourg-en-Brisgau, la perle du pays, disent les guides.

Heidelberg est une ravissante ville de vingt-cinq mille âmes, intelligente et savante. Son université célèbre date de 1386; elle fut fondée par l’électeur Rupert Ier. Le pape Urbain VI contribua aussi à sa création.

Elle compte trente professeurs distingués, et beaucoup de jeunes gens sérieux. Ce n’est point à Heidelberg qu’il faut venir chercher le type romanesque du coureur ou de l’étudiant... qui n’étudie pas.

Cette ville possède un musée remarquable, des collections scientifiques d’une grande valeur, et une bibliothèque dite palatine, d’environ deux cent mille volumes, au nombre desquels le catéchisme de Luther annoté de sa main.

Très beau, le palais du grand duc qu’on a surnommé l’Alhambra de l’Allemagne, rempli d’une foule de précieuses choses. Très belles les deux églises de St-Pierre et du St-Esprit. Cette dernière, comme l’église française à Berne, sert également aux protestants et aux catholiques qui y font successivement leurs offices.

Les ruines, dues aux Français, du vieux château électoral sont excessivement curieuses: ces ruines monumentales, ces tours éventrées par nos canons au dix-septième siècle, décorant comme à plaisir des hauteurs boisées, dominent majestueusement encore la vallée de Neckar. Elles sont là comme pour raconter l’histoire et résumer le passé. Les habitants de ce château l’embellirent jadis suivant leurs goûts et leur époque, et l’on trouve ici:

«Un porche gothique et les colonnes de granit envoyées par le pape à Charlemagne, là, une façade italienne avec des nymphes et des chimères; ailleurs, une ordonnance couronnée de frontons; plus loin, la grosse tour fendue qui dresse vers le ciel sa brèche gigantesque. Les granits et les marbres gisent pêle-mêle, sous les pieds, enfouis dans l’herbe chevelue, les plantes grimpantes, les lierres tenaces.