Un seul souvenir s’est conservé intact, c’est la cave ou plutôt le célèbre tonneau des Palatins. Ce foudre titanesque a douze mètres de long; il peut contenir trois cent mille bouteilles de bière; le dessus forme terrasse, l’on y dîne et l’on y danse.

Quant à la Forêt-Noire, où le beau Danube bleu prend sa source, c’est un parc colossal, c’est un gigantesque bois de Boulogne, et je ne sais comment peindre mon admiration. C’est le paradis terrestre pendant l’été, car l’hiver le climat devient fort rude, et la neige y tombe au moins durant six mois. Elle féconde ainsi la luxuriante végétation qui doit se réveiller au printemps et prépare la floraison de ces fameux mérisiers qui produisent le kirsch-wasser (eau de cerises) si apprécié du monde entier.

«De toutes parts, dès qu’on s’engage dans l’une ou l’autre des vallées profondes qui partent du Rhin pour finir dans le royaume de Wurtemberg, à soixante-quinze kilomètres de là, on ne voit que forêts sombres de sapins couvrant les montagnes, collines et monticules, on n’entend que rivières et ruisseaux qui murmurent, en cascadant dans l’herbe et la mousse.

«Partout des habitations, soit groupées, soit isolées. Partout du monde; un perpétuel va-et-vient de gens et de bêtes allant aux champs de la vallée, ou montant aux pâturages. Les maisons sont bien, dans tout le massif qu’on désigne sous le nom conventionnel de la Forêt-Noire, celles que les marchands de jouets nous ont depuis longtemps montrées: petits chalets bas, en bois, drôlement assis, avec un pignon grossier, qui forme abri.

«Et les routes plantées d’arbres fruitiers! Et les vignes! Quelles admirables routes et quelles superbes vignes! Elles sont bien de taille à fournir à l’Allemagne entière de ce vin du Rhin dont elle est fière, et non sans raison, il faut bien en convenir. La toilette de ces vallées plantureuses et pittoresques est si bien faite!»

Le grand duc de Bade doit donner certainement les ordres les plus stricts pour que cette contrée riante, charmante, captivante, soit tenue l’été d’une manière irréprochable, avec des allées spacieuses et propres et des gazons fleuris comme on n’en déploie qu’autour des châteaux.

CHAPITRE VII

Rastadt, Carlsruhe, Francfort, Mayence, Les rives du Rhin, Coblentz, Cologne, Aix-la-Chapelle.

La première ville où nous nous arrêtons en quittant Bade, est Rastadt, ville murée du grand duché de Bade. C’est en cette ville qu’eurent lieu en 1713 et 1714 entre Villars et le prince Eugène, les conférences qui amenèrent la paix de Bade et assurèrent la possession de l’Alsace à la France.

Nous visitons ensuite la jolie ville de Carlsruhe, capitale du grand-duché, ville intéressante et industrielle. Le palais du grand duc est un très vaste bâtiment, mais d’un style un peu lourd; les jardins qui en dépendent sont fort beaux; il y a aussi un joli théâtre et un musée remarquable.