Carlsruhe se présente sous un aspect gai et sémillant. Une cité âgée d’un siècle et demi est encore dans sa prime jeunesse, et celle-ci est de date toute récente: elle fut fondée en 1715 par Charles-Guillaume, margrave de Bade-Dourlach qui en fit sa résidence et lui donna le nom de Carlsruhe, c’est-à-dire «Repos de Charles.» Ce n’était auparavant qu’un simple rendez-vous de chasse.

Notre curiosité n’a pas le temps de se reposer à Francfort, autrefois l’une des quatre villes libres de la confédération germanique. Beaucoup d’édifices du moyen-âge émaillent la ville. Nous avons visité la magnifique cathédrale où l’on couronnait les empereurs (on la répare en ce moment), l’hôtel-de-ville dit Rœmer où siège le Sénat, le palais de la Tour-et-Taxis où se tiennent les séances de la diète, de très beaux musées, la synagogue des Juifs, le monument des Hessois, la vieille maison de la rue des Juifs, berceau de la famille Rothschild, Francfort est aussi la patrie de Gœthe. Cette ville possède des places superbes, un grand jardin botanique, un théâtre, de vastes hôpitaux; enfin c’est une grande, riche et très belle ville. C’est de Francfort que fut lancé le 1er décembre 1813 le manifeste des souverains alliés contre Napoléon.

Nous traversons le Rhin pour aller à Mayence, l’une des trois forteresses fédérales de l’Allemagne.

Les Prussiens, les Autrichiens et les Hessois y tiennent garnison.

Cette ville n’est pas, comme Carlsruhe, de date récente. Elle fut fondée par Drusus, treize ans avant Jésus-Christ, et devint une place importante sous les Romains. Rebâtie par les rois Francs, Charlemagne se plut à l’embellir.

Mayence qui s’étend sur le penchant de plusieurs collines forme deux quartiers bien distincts, dont l’un est spacieux et élégant.

Cette ville renferme des richesses artistiques en grand nombre, galeries de peintures, musées d’histoire naturelle et d’antiquités romaines, cabinets de monnaies et de médailles.

Nous avons salué sur la place qui porte son nom la statue en bronze du célèbre Gutemberg auquel Mayence s’honore d’avoir donné le jour.

Il y a plusieurs belles églises, la cathédrale dite le Dôme m’a paru un peu lourde, elle est cependant renommée.

Mayence est souvent visité par les touristes, mais il paraît que les rois d’Allemagne ne s’y aventurent guère. Ce qui m’a été dit à ce sujet m’a donné en même temps la signification de la main levée pour prêter serment, qu’on voit sculptée sur la façade latérale de la célèbre cathédrale. L’empereur François d’Autriche, dernier empereur du Saint-Empire et beau-père de Napoléon Ier, se trouvait à Mayence à la fin du dernier siècle, et le clergé le reçut si bien qu’il fit à l’archevêque la promesse que l’empereur allemand qui viendrait la prochaine fois à Mayence devrait construire à ses frais les deux tours qui manquent à la cathédrale.