L’empereur François avait évidemment l’intention de revenir et de faire construire les tours, mais son futur gendre l’en empêcha et le Saint-Empire cessa d’exister.

L’archevêque avait fait sculpter la main pour que la promesse impériale ne fût pas oubliée.

Or, il paraît que cette main sculptée gêne le vieux Guillaume qui se soucie fort peu de construire à ses frais les tours d’une cathédrale catholique.

Je crains donc que celle-ci n’attende longtemps encore ses tours et qu’elle soit obligée de se contenter de ses plans... restés en plan.

Un immense pont de bateaux de six cents mètres communique avec Cassel, qui forme comme un faubourg de Mayence. Nous n’avons pas idée de ce genre de pont en France.

C’est ici que le Rhin a sa plus grande largeur. Avant de quitter Mayence, nous n’oublions pas d’y faire un déjeuner au jambon, puis nous nous embarquons sur un confortable bateau à vapeur, et de dix heures du matin à sept heures du soir, nous descendons, mollement bercées, le Rhin jusqu’à Cologne.

Les rêveries de mon esprit sont aussi bercées de mille souvenirs dont quelques-uns bien tristes. Naguère encore, le grand pont du Rhin était gardé par deux sentinelles, d’un côté la sentinelle badoise et de l’autre la sentinelle française. Hélas, il n’y a plus de sentinelle française! Ah! cette revanche des Allemands contre les Français, avec quelle perfidie et quelle patience elle a été préparée!

Jamais les braves Gaulois n’auraient su feindre et dissimuler comme les Germains, «cette nation passée maîtresse en tous genres de fourberie,» disait Tacite, il y a dix-huit siècles.

Mais le bateau à vapeur marche, le paysage se déroule, c’est une suite d’enchantements, le regard est ravi; presque continuellement les deux rives du fleuve sont bordées de hautes montagnes, au sommet desquelles sont perchés, comme autant de nids d’aigles, de vieux châteaux gothiques.

«Et si haute que fut la tour ou la montagne,
N’avaient besoin, pour prendre un château rude et fort,
Que d’une échelle en bois, pliant sous leur effort,
Dressée au pied des murs, d’où ruisselait le souffre,
Ou d’une corde à nœuds, qui dans l’ombre du gouffre,
Balançait ces guerriers moins hommes que démons,
Et que le vent, la nuit tordait au flanc des monts.»