La Hollande présente aussi une taillerie de diamants évaluée à deux millions.

Voilà la table où les pierres sont d’abord coupées, puis taillées grossièrement; la taille s’achève à l’aide de meules disposées autour des tables, ces meules sont mues par un moteur à gaz. Une meule ancienne qui marchait à l’aide du pied permet de juger des perfectionnements mis au service du lapidaire.

Récemment encore, Amsterdam était la seule ville du monde où se fit la taille régulière du diamant: elle a maintenant Paris pour rivale en cette industrie très spéciale; mais les ouvriers hollandais, tailleurs de diamants, d’origine portugaise, sont restés les maîtres de cet art délicat où il faut autant de tour de main que de probité.

Les colonies hollandaises font honneur à la mère patrie: étoffes indiennes de tous genres, trophées d’armes et d’instruments de musique, objets richement incrustés, vases en matière précieuse.

Le vaste empire batave est là tout entier.

Autre curiosité très pittoresque et très couleur locale: c’est le village javanais (Kampong). Soixante personnes de la peuplade des Prangers sont là, nous initiant à la vie que mènent vingt millions d’êtres humains. Toutes les cabanes, à commencer par celle du chef, sont en bambou, élevées sur pilotis pour protéger les habitants contre les attaques des fauves. Ici, ce sont des chapeliers tressant d’immenses chapeaux en bambous, là, une vieille Javanaise fait la cuisine au riz. Les femmes très peu vêtues ont les cheveux huilés et les joues fardées; tout cela est d’une couleur locale et d’un pittoresque saisissant.

Le théâtre achève de nous transporter dans un autre monde: l’orchestre, composé d’un violoncelle primitif, de xilophones et de jeux de cloches, de gongs de différents calibres fait danser des bayadères, des almées très authentiques et qu’on a eu mille peines à obtenir du Prince de Pranger qui ne voulait pas les laisser partir de son harem. Elles apparaissent vêtues de bijoux et d’étoffes superbes, un carquois sur l’épaule et une auréole de plumes autour de la tête. Leurs poses sont langoureuses, leurs danses ont beaucoup de charmes. Elles tournent lentement et longtemps. C’est un spectacle étrange pendant lequel on se croit bien loin de Paris.

Nous songeons à aller demain samedi et le mardi suivant à l’Opéra-Comique voir Carmen et Sigurd, deux opéras que je tiens à entendre pendant mon séjour; nos places sont retenues: deux fauteuils d’orchestre au premier rang.

Samedi, 12 Octobre 1889.

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